
Les élèves de 4e D du collège Arthur Rimbaud ont été engagés sur l’année 2025 – 2026 dans un projet interdisciplinaire construit autour d’une mise en situation : la reconstitution fictive du procès de « L’Affaire Mouséion ».
Porté par les enseignants de français, d’Histoire-Géographie et d’Enseignement Moral et Civique (EMC), ce projet avait pour objectif de développer les compétences des élèves en matière de lecture, d’écriture, d’argumentation et d’expression orale, tout en les amenant à découvrir deux institutions majeures de la vie amiénoise : le Musée de Picardie et le palais de justice d’Amiens.
Le projet s’est également inscrit dans plusieurs parcours éducatifs de l’élève. Le parcours citoyen a été mobilisé à travers la découverte de l’institution judiciaire, de son fonctionnement et des principes qui fondent la justice. Le parcours d’éducation artistique et culturelle (PEAC) a trouvé sa place dans les différentes rencontres avec les œuvres et les professionnels du Musée de Picardie. Enfin, le parcours Avenir a été nourri par les échanges avec les différents professionnels rencontrés, permettant aux élèves de mieux appréhender la diversité des métiers exercés au sein d’une institution culturelle ou judiciaire.
Au-delà des connaissances disciplinaires, le projet visait à développer des compétences transversales : construire et organiser un récit, sélectionner et exploiter des informations, argumenter, prendre la parole devant un public, adopter une posture adaptée à une situation de communication particulière et travailler en équipe.
Préparer le projet : interroger la justice et son rôle dans la société
Durant la première partie de l’année, les enseignants ont poursuivi les enseignements inscrits dans leurs progressions disciplinaires tout en privilégiant des études et des situations susceptibles de nourrir le projet.
En histoire, l’étude des philosophes des Lumières a permis d’interroger la notion de justice à travers plusieurs affaires emblématiques, parmi lesquelles l’affaire Calas et celle du chevalier de La Barre. Ces études ont donné lieu à des échanges avec les élèves autour des notions de justice, d’injustice et de jugement.
En français, les élèves ont étudié des œuvres permettant également d’alimenter leur réflexion. La lecture de L’Île des esclaves de Marivaux a notamment permis d’interroger les rapports de pouvoir et les mécanismes de domination. L’étude de nouvelles policières de Sarah Cohen, dont « Le témoin » et « Justice », a quant à elle contribué à familiariser les élèves avec les ressorts du récit d’enquête.
Ces différents apprentissages disciplinaires ont ainsi constitué le socle sur lequel le projet a progressivement pris forme.
La place de l’EMC dans la réalisation du projet de l’Affaire Mouséion
Le projet s’inscrit pleinement dans les objectifs de l’Enseignement moral et civique (EMC), sous l’impulsion de l’enseignant référent. En classe de 4e, le programmes invite à travailler la thématique de « l’État de droit et des libertés », sous partie dédiée à la “Justice et aux institutions judiciaires”. Le projet permet d’aborder les grands principes d’organisation et de fonctionnement de la justice à partir d’une démarche active.
L’entrée dans le projet s’est effectuée à partir de réflexions et de d’échanges autour de situations judiciaires concrètes. Il s’agissait de montrer aux élèves que le droit permet d’établir des règles communes et que la justice contribue à garantir l’exercice effectif des droits et des libertés. Les élèves ont ainsi été amenés à confronter leurs représentations et leurs points de vue à partir de différentes études de cas. Ces échanges leur ont permis de prendre conscience de la diversité des opinions, tout en développant leur capacité à écouter et à respecter des points de vue différents du leur.
Le projet visait également à favoriser une démarche de décentration, en invitant les élèves à dépasser leurs intérêts individuels pour réfléchir à la notion d’intérêt général et à l’importance du collectif dans la construction du « faire société ». Les élèves ont assisté à des audiences et des plaidoieries lors de procès correctionnels. Cette immersion a permis de faire l’expérience concrète de l’organisation de la justice en France, comprendre son fonctionnement et ses principes, et d’identifier les différents acteurs.
La mise en situation des élèves, amenés à endosser eux-mêmes les différents rôles d’un procès, vient prolonger et renforcer cette approche expérientielle. Elle permet de donner une dimension concrète aux apprentissages tout en développant des compétences orales, argumentatives et civiques. Pour certains élèves, cette expérience a également pu susciter un intérêt nouveau pour les métiers et les professions de la justice.
La rencontre avec les différents acteurs de l’institution judiciaire constitue, par ailleurs, un moment républicain particulièrement fort et solennel. Elle contribue à faire évoluer les représentations que les élèves peuvent avoir de la justice, souvent perçue essentiellement à travers sa dimension répressive. Le contact direct avec les professionnels permet ainsi d’appréhender plus largement les missions de la justice et sa place dans le fonctionnement de l’État de droit.
Dans le cadre de ce projet d’EMC, le rôle de l’enseignant consiste à formaliser les acquis par un temps d’institutionnalisation des savoirs mais également à accompagner l’expérience vécue par les élèves. Il s’agit notamment de répondre à leurs interrogations, de les aider à mettre en perspective leurs observations et d’approfondir les thématiques qui suscitent leur intérêt. L’enseignant se positionne ainsi comme un médiateur entre les savoirs institutionnels et l’expérience concrète des élèves.
En définitive, la réalisation de ce projet a constitué à elle seule l’intégralité de la première séquence d’EMC de l’année. Elle a permis d’articuler étroitement les connaissances, la réflexion collective et l’expérience concrète, donnant ainsi aux élèves l’occasion de construire progressivement leur compréhension de l’État de droit, de la justice et de leur rôle dans la vie démocratique.
Le Musée de Picardie : entrer dans l’enquête
En janvier, les élèves se sont rendus une première fois au Musée de Picardie dans le cadre d’une étude croisée en français et en histoire portant notamment sur la peinture du XIXe siècle.
À leur arrivée, une lettre mystérieuse les attendait. Rédigée par Bénédicte Lhoyer, égyptologue, cette missive révélait aux élèves qu’un drame s’était produit au musée en 2023 : le directeur de l’établissement, Jean-Pierre Mouséion, avait trouvé la mort dans des circonstances étranges.
Les élèves étaient alors invités à mener une enquête sous la forme d’un jeu de piste au sein du musée. L’objectif était double : apprendre à se repérer dans les collections, porter un regard attentif sur les œuvres, tout en recueillant les premiers indices nécessaires à la compréhension de l’enquête.
À l’issue de cette première étape, les élèves découvraient que Jean-Pierre Mouséion avait été retrouvé sans vie au pied des escaliers du grand hall.
Un article fictif du Courrier picard, conçu par les enseignants, leur présentait alors les premiers éléments de l’affaire. Les élèves comprenaient qu’ils allaient devoir aller plus loin : il leur appartenait désormais de construire l’enquête, puis de préparer et de jouer le procès fictif de « L’Affaire Mouséion » au palais de justice d’Amiens. ( ANNEXE 1 )
Enquêter auprès des professionnels
Une seconde visite au Musée de Picardie a permis aux élèves de poursuivre leur enquête. Ils ont rencontré et interrogé différents professionnels de l’établissement : personnels chargés de la sécurité, conservatrices, médiatrice culturelle et responsable des ressources documentaires.
Ces échanges ont constitué une véritable situation d’apprentissage. Les élèves ont dû préparer leurs questions, écouter les réponses, relever les informations pertinentes et les réinvestir ensuite dans la construction de leur scénario.
De retour en classe, plusieurs séances ont été consacrées à la mise en commun et à l’exploitation de ces informations. Les élèves ont progressivement construit la trame narrative de l’affaire : Jean-Pierre Mouséion aurait trouvé la mort à la suite d’une empoignade avec l’un de ses collaborateurs dans les escaliers du musée.
Ils ont également élaboré les profils des différents personnages impliqués dans l’affaire. Si le procès était fictif, les élèves ont cherché à lui donner une cohérence et une crédibilité aussi importantes que possible, notamment en intégrant dans leur scénario les professionnels rencontrés au musée.
Le travail d’écriture a ainsi constitué une étape centrale du projet : il s’agissait de construire un récit cohérent, d’organiser les informations recueillies et de les transformer en un scénario judiciaire susceptible d’être présenté oralement.
Comprendre la justice en rencontrant ceux qui l’exercent
Afin de préparer les élèves à la dimension judiciaire du projet, plusieurs temps spécifiques ont été organisés.
Les élèves ont notamment assisté au spectacle Caillou Caillou, proposé au collège par son auteur et conteur Olivier Ka. L’histoire met en scène un homme contraint de fuir son village après avoir involontairement provoqué un incendie mortel. Cette rencontre artistique a permis de prolonger la réflexion engagée en classe autour de la responsabilité, de la faute, des circonstances et de la place de la justice.
Les élèves ont également pu assister à des audiences correctionnelles au palais de justice d’Amiens. Cette première immersion leur a permis de découvrir concrètement le fonctionnement d’une audience et les différents acteurs qui y prennent part. La juge Aurore Masson est venue au collège afin d’échanger avec les élèves sur cette expérience, recueillir leurs impressions et répondre à leurs nombreuses questions. Cette rencontre a permis de mettre en perspective ce qu’ils avaient observé et de mieux comprendre les différentes étapes d’une procédure judiciaire.
De l’écriture à la mise en scène du procès
Une fois les principaux éléments de l’affaire établis et les personnages définis, les élèves ont présenté leur scénario à plusieurs professionnels du palais de justice d’Amiens : une juge, un procureur de la République, une avocate, une huissière et une greffière.
Cette rencontre a constitué un nouveau temps fort dans le processus de création. Les professionnels ont apporté leur expertise afin d’aider les élèves à préciser leur scénario, à corriger certaines incohérences et à mieux respecter les différentes étapes d’un procès. Un temps a été consacré à la découverte des métiers de la justice. Les élèves ont pu interroger les professionnels sur leurs parcours, leurs missions et les compétences nécessaires à l’exercice de leurs fonctions. Ce temps s’inscrit dans le parcours avenir des élèves.
L’étape suivante a consisté à finaliser l’écriture du procès, en veillant à respecter les principales étapes de la procédure et à employer un vocabulaire judiciaire approprié.
Les élèves se sont ensuite répartis les différents rôles : magistrats, avocats, parties, témoins, greffier, etc.
Le procès de « L’Affaire Mouséion »
Le vendredi 5 juin, l’ensemble de la classe s’est retrouvée au palais de justice d’Amiens pour l’aboutissement du projet.
La matinée a été consacrée à une dernière répétition dans les conditions réelles du procès. L’après-midi, les élèves ont présenté leur travail devant les professionnels du Musée de Picardie, les partenaires du projet et un jury composé de six personnes.
Pendant près d’une heure et demie, les élèves ont donné vie à « L’Affaire Mouséion ». Plusieurs professionnels du musée ont eux-mêmes accepté de prendre part au procès fictif, notamment Madame Jaegerschmidt, conservatrice du département Archéologie et Antiquités du Musée de Picardie, ainsi que Madame Lhoyer, égyptologue.
Les six jurés, désignés avec l’accord des élèves, ont découvert l’affaire au fil des différentes interventions avant de délibérer à l’issue du procès. Parents d’élèves, personnels du collège et partenaires culturels ont ainsi participé à cette mise en situation.
Une expérience fédératrice pour les élèves
Le projet a suscité un réel investissement de la part des élèves. Tous ont pris leur rôle au sérieux et se sont impliqués dans la réussite collective du projet.
Plusieurs élèves envisagent de présenter cette expérience dans le cadre de l’oral du diplôme national du brevet en 2027.
Afin de conserver la mémoire de cette action et de permettre aux élèves de réinvestir leur expérience, les enseignants ont également conçu différents supports permettant de garder une trace du projet et de valoriser les compétences développées tout au long de l’année.
Mme Brodhag, enseignante de Lettres classiques & M. Lavallée, enseignant d’histoire – géographie et EMC
ANNEXE 1 : article fictif du Courrier Picard

ANNEXE 2 : garder la trace : quelle trace conserver afin d’utiliser cette exéprience pour l’oral du DNB ?
ANNEXE 3 : Photos des élèves le jour du procès fictif


