Comment anticiper les actions et construire les outils favorisant l’inclusion pour faire de l’hétérogénéité une richesse dans le cadre d’une séquence d’arts plastiques ?
Tous les élèves sont susceptibles de rencontrer, à un moment de leur scolarité, des difficultés auxquelles l’inclusion peut répondre. Au sein des domaines artistiques, l’intégration et l’acceptation des différences ont fait l’objet d’une liberté plastiques témoignant des diversités, des disparités et des dissemblances des artistes, de leurs créations et des réflexions théoriques qui en découlent. La prépondérance de cette hétérogénéité a largement contribué à faire évoluer la définition même de l’art. Au sein du domaine éducatif, la diversité des publics et des besoins constitue un véritable défi pour la mise en œuvre d’un cadre d’apprentissage pédagogique et didactique capable de répondre à ces mixités qu’on ne peut ignorer. Il s’agirait, comme le souligne Pierre Bourdieu de ne pas « rompre avec l’indifférence aux différences » (Annie FEYFANT dans “La différenciation pédagogique en classe. Dossier de veille de l’IFÉ, 113, 2016. ⟨hal-05474296⟩, précise que la formule est attribuée à Bourdieu (1966) dont les propos exacts sont : « l’égalité formelle qui règle la pratique pédagogique sert en fait de masque et de justification à l’indifférence à l’égard des inégalités réelles devant l’enseignement et devant la culture enseignée ou plus exactement exigée »), de fabriquer la réussite des élèves, les faire évoluer dans leur approche plastique tout en maintenant les exigences du programme maintenant ainsi le devoir d’égalité des chances et d’intégration scolaire
La différenciation pédagogique est une démarche qui consiste à mettre en œuvre des stratégies d’enseignement et d’apprentissage pour permettre à tous les élèves, selon leurs besoins, d’atteindre des objectifs communs. Elle permet de réduire les inégalités et favoriser la réussite de tous les élèves qu’ils soient à besoins particuliers ou non.

Fredericke VAN LAWICK et Hans MÜLLER couple d’artites allemands vont travailler plus particulièrement autour des couples d’artistes et de ce qui fait cette spécificité : être deux dans une création où le nom de l’artiste (Lawick/Müller) est déjà un être mixte.
La série La Folie à Deux, (1992-1996) se présente sous forme de tableaux composés de douze ou seize images qui sont alignées selon plusieurs registres superposés. L’un des deux artistes du couple occupe la première place en haut à gauche et l’autre la dernière en bas à droite.Le principe est désormais connu et pratiqué en vidéo, c’est celui du morphing : l’une des deux images va se transformer très rapidement en une seconde. Le portrait de l’homme va devenir celui de la femme (ou inversement), ici en seize étapes. Chaque portrait intermédiaire intègre des éléments du précédent et annonce le suivant par de légères modifications. Le portrait central est un androgyne parfait. Et la dimension troublante reste que sur la totalité des seize portraits, quatorze sont de pures inventions. Et néanmoins, ils ne semblent pas plus irréels que les vrais.
Du point de vue de l’enseignant, ce devoir de différenciation et d’inclusion implique la mobilisation de nombreuses connaissances visant à comprendre les « mécanismes cérébraux de l’apprentissage” (Jean Luc BERTHIER, Equipe Apprendre et Former avec les sciences cognitives, Propositions de pistes pédagogiques. Site. https://www.hefp.swiss/sites/default/files/documents/atelier_1_j.-l.berthier.pdf), dans le cadre de cette formation, ceux propres à l’adolescent. Ces connaissances peuvent servir de fondations pour qu’en classe des expérimentations soient menées et permettent d’élaborer des outils capables de remédier aux difficultés mais aussi de mettre en valeur les facultés d’un élève à court comme à long termes et répondre à la diversité des profils et des besoins.
Questionnements possibles à aborder avec les élèves :
- Comment créer de l’harmonie à partir d’éléments hétérogènes ?
- Dans quelle mesure l’hétérogénéité des matériaux peut-elle être source d’organisation ?
- Comment expérimenter une diversité d’outils autour d’un geste unique ?
- Pourquoi l’éhétrogénéité est-elle source de créativité ?
- Comment composer une image à partir de fragments divers ?
- Quelle est la limite entre équilibre et déséquilibre ?
- Dans quelle mesure le désordre est-il inclus dans l’ordre ?
- Pour quelles raisons remarque-t-on un détail au sein d’un ensemble ?
- Pourquoi l’histoire de l’art s’est-elle construite à partir de ruptures et de continuité ?
- En quoi est-il possible d’inclure un élément étranger dans un ensemble homogène ?
- Pourquoi l’appréhension de l’espace est-elle corrélée au point de vue du regardeur ?
Notions mises en jeu
Inclure-exclure, intégrer, caractéristiques, spécificités, potentialités, identité, portrait-autoportrait, étayer, activer-réactiver, adaptations, corps, gestes, postures, supports, interagir, spectateur, dialogue, homogène-hétérogène, contraste, harmonie, mélange, combinaison, composition, équilibre-déséquilibre, ordre-désordre, symétrie
Pour aller plus loin :
Jérôme BESSAC, Troubles des apprentissages, Dictionnaire pratique. Ed.Tom Pousse (2ème édition), 2016.
COLLECTION : « 100 IDÉES POUR » :
- Francine LUSSIER, Mieux gérer les troubles de l’attention. Éd. Tom Pousse. 2011.
- Kirby LYNNE PETERS, Pour aider les élèves dyspraxiques. Amanda. Éd. Tom Pousse. 2010.
- Roy HOWARTH, Pour gérer les troubles du comportement. Éd. Tom Pousse. 2013
Philippe PERRENOUD, La pédagogie à l’école des différences Fragments d’une sociologie de l’échec, Paris, ESF, 1995, 2e éd. 1996. En ligne :
https://www.unige.ch/fapse/SSE/teachers/perrenoud/php_main/php_livres/php_ecole.html
ÉDUSCOL, Ministère de l’Éducation nationale, Mise en œuvre de la différenciation pédagogique, Octobre 2017. En ligne.
Isabelle TARRIDE IA-IPR Aix-Marseille , La différenciation pédagogique, https://www.pedagogie.ac-aix-marseille.fr/upload/docs/application/pdf/2020-05/la_differenciation_pedagogique.pdf
Annick VENTOSO-Y-FONT et Julien FUMEY, Comprendre l’inclusion scolaire, Canopé, 2016.
Loi n° 2013-595 du 8 juillet 2013 d’orientation et de programmation pour la refondation de l’école de la République (L’article L. 111-1 du code de l’éducation) :
« Il reconnaît que tous les enfants partagent la capacité d’apprendre et de progresser. Il veille à l’inclusion scolaire de tous les enfants, sans aucune distinction. Il veille également à la mixité sociale des publics scolarisés au sein des établissements d’enseignement. Pour garantir la réussite de tous, l’école se construit avec la participation des parents, quelle que soit leur origine sociale. Elle s’enrichit et se conforte par le dialogue et la coopération entre tous les acteurs de la communauté éducative. »