Comment installer et favoriser les conditions d’une pratique autonome ?
L’autonomie c’est la capacité d’une personne à faire des choix réfléchis en tenant compte des conséquences de ses actes. Elle est à distinguer de la liberté. En effet, on parle d’apprentissage de l’autonomie, là où l’on parlera d’impulsion intérieure pour la liberté ; faire ce que l’on veut en suivant ses envies. Philippe Meirieu, nous met en garde également sur le fait de ne pas confondre autonomie et débrouillardise. L’élève débrouillard est celui qui developpe « la capacité à s’en tirer le mieux possible avec le moins d’efforts possible ». Nous, enseignant, en tant que pédagogue et éducateur, avons pour mission de promouvoir la capacité de l’élève à prendre en charge ses apprentissages de manière responsable et engagée, sans dépendance constante à l’adulte.
« La Liberté est naturelle, l’autonomie est une conquête sur soi-même ». Philippe Meirieu
Les chemins (ou les voies?) de l’autonomie en arts plastiques
- Produire et créer c’est choisir
Lors d’une séquence d’arts plastiques, il ne s’agira ni de copier, ni « d’avoir la bonne réponse ». L’élève est invité à imaginer, expérimenter, créer des images, des volumes, des objets. Il peut choisir des médiums, matériaux, supports, formes, couleurs… Il peut aussi se laisser surprendre par la découverte et l’accident. En faisant des choix plastiques, l’élève est encouragé à exercer son autonomie.
- Créer c’est exprimer sa sensibilité
Dans le cadre d’un sujet donné, chaque élève est amené à exprimer sa propre sensibilité. Donner à exprimer sa sensibilité, c’est permettre à l’élève d’assumer un point de vue personnel et de le partager à ses pairs parfois. Ainsi autorisé à poursuivre une démarche personnelle, l’élève chemine vers l’autonomie.
- Mener un projet c’est apprendre à être responsable et se sentir responsable
En travaillant sur son projet personnel ou collaboratif l’élève apprend à gérer son temps, à s’organiser, à revenir sur son travail pour l’améliorer. Ainsi, il apprend à organiser sa pensée et son action, seul ou en groupe.
- Devenir acteur de ses apprentissages grâce à la pédagogie active
La mise en place de l’autonomie en classe rend l’élève plus engagé. Il ne travaille pas pour faire plaisir au professeur, mais pour lui même, parce qu’il s’implique dans ce qu’il fait. Il est invité à trouver des solutions, s’exprimer, rencontrer des œuvres, partager selon une démarche de projet.
Les 3 leviers essentiels pour favoriser l’autonomie :
- Favoriser la posture d’expérimentateur : permettre les choix plastiques et faire grandir la curiosité
- Penser ses outils pédagogiques et l’espace de la salle en lien avec l’autonomie.
- Valoriser le droit à l’essai et la démarche de projet
Thomas HIRSCHHORN (*1957) et Marcus STEINWEG (*1971), The Map of Headlessness, (littéralement « carte de la perte de la tête ») 2011. – [Musée Jenisch Vevey/2019, ProLitteris, Zurich – Julien Gremaud]
Le plasticien bernois Thomas Hirshhorn est connu pour ses installations immersives stimulantes. Pour les concevoir, il ne travaille jamais sans plan. Pour lui, c’est un préalable important à son travail artistique, mais aussi à la structure de sa pensée. Mais avec son projet de cartes, « Maps » (créé le plus souvent en collaboration avec le philosophe allemand Marcus Steinweg), Hirschhorn va bien plus loin que de montrer des ébauches de plans de travail. Il vise à établir des sortes d’immenses cartes géographiques de l’esprit. Des multiples images collées y dialoguent avec une foule de fragments de textes. Autant de détails via lesquels l’artiste et le philosophe font état de leurs préoccupations et les organisent. Leur méthode de travail est surprenante: l’artiste et le philosophe travaillent ensemble mais sans aucune discussion, pour la simple raison qu’ils n’en ont pas besoin. « Je suis d’accord avec tout ce que fait Marcus et il est d’accord avec tout ce que je fais. Nous travaillons dans un accord total » Thomas Hirschhorn au sujet de Marcus Steinweg
Un œuvre monumentale qui fourmille de détails
En se plongeant dans les détails de l’oeuvre, on retrouve bon nombre des sources d’inspirations et des thématiques de l’artiste. Connu pour la banalité des matériaux qu’il utilise (cartons, scotchs, etc), on peut par exemple y trouver de petites notes écrites à la main, expliquant pourquoi il aime utiliser le papier aluminium, aux apparences précieuses mais d’un usage totalement quotidien et précaire.
En prenant son temps, l’observateur attentif peut ainsi plonger profondément dans la pensée et l’oeuvre de Thomas Hirschorn.
Questionnements possibles à aborder avec les élèves :
- Comment faire de son carnet un réceptacle de ses pensées et de sa réflexion ?
- Comment la table peut-elle devenir tableau (table-haut) ?
- Comment l’IA peut-elle m’aider à comprendre la démarche de l’artiste ?
- En quoi la lecture d’une œuvre peut-elle favoriser la compréhension de la question posée ?
- Comment créer un parcours de lecture de l’image ?
- Pourquoi les œuvres sont-elles exposées selon un parcours de lecture choisi ?
- Dans quelles mesures une œuvre dialogue-t-elle avec une autre ?
- En quoi consiste un hommage ? Une parodie ?
- Comment peut se traduire un geste libre ?
- Dans quelles mesures un outil peut-il se libérer de la force qui l’anime ?
- Comment une œuvre peut-elle s’affranchir de son auteur ? De son public ?
Notions satellites en jeu :
Autoréférenciation, constituants, processus, démarche artistique, notes, carte, planification, recherche, liberté, indépendance, unicité, artiste démiurge.
Pour aller plus loin :
Philippe MEIRIEU L’autonomie, une conquête https://www.meirieu.com/DICTIONNAIRE/autonomie.htm
Philippe FORAY Devenir autonome – apprendre à se diriger soi-même, collection dirigée par P. Meirieu, 2016
Maria MONTESSORI L’enfant et la vie Comment favoriser l’autonomie selon Maria Montessori ? • Apprentissage Montessori