Académie d'Amiens

LES ESPACES DEDIES AUX ARTS PLASTIQUES

Comment penser sa salle de classe comme un outil pédagogique ?

La salle d’arts plastiques n’est pas un simple lieu d’accueil. L’espace n’est jamais neutre. Son organisation influence les comportements, les déplacements, l’autonomie et la qualité des apprentissages. Penser l’espace, c’est créer les conditions favorables à la création, à l’expérimentation et à la coopération.

  • La salle comme Atelier pour créer et expérimenter

La salle doit permettre aux élèves de produire, manipuler, tester et faire des choix plastiques dans un cadre sécurisant. Pour faire de la salle de classe un Laboratoire, il s’agit de créer des espaces définis et identifiés pour que l’élève se libère de la charge mentale de s’approprier l’espace dans lequel il œuvre, ainsi, ses déplacements sont issus de réflexes, des réponses directes à un besoin.

  • La salle comme espace d’exposition pour présenteret partager

Les productions doivent-être montrées, discutées et mises en espace, l’élève engage ainsi son rapport aux espaces, à l’autre, à l’altérité. Il développe aussi sa confiance et s’inscrit pleinement dans une démarche de projet. Notons que l’exposition n’est pas consignée à être une finalité, mais doit être un champ de questionnement à part entière durant le processus de création. L’ensemble des questions et des solutions liées à l’exposition sont un objet d’apprentissage.

  • La salle comme outil pédagogique pour s’orienter et apprendre

L’organisation spatiale, les affichages, les ressources et le matériel constituent de véritables outils pédagogiques. En structurant l’environnement de travail, ils aident les élèves à se repérer, à gagner en autonomie et à mobiliser plus facilement les connaissances nécessaires à leurs projets.

Aménager une salle d’arts plastiques ne consiste pas seulement à organiser du mobilier. Il s’agit de construire un environnement qui favorise la création, l’autonomie, la coopération, l’exposition et la rencontre avec les œuvres.

Les 3 leviers essentiels pour penser les espaces :

  • Identifier des espaces aux fonctions claires
  • Rendre les ressources visibles et accessibles
  • Faire de l’exposition un temps régulier de la vie de classe

Robert MORRIS (né en 1931), Bodyspacemotionthings, 1971-72/2009, Londres, Tate Modern, Turbine Hall,

En 1971, au sommet de son art, Robert Morris crée pour Duveen Hall, l’entrée majestueuse de l’ancienne Tate Gallery (aujourd’hui Tate Britain), une installation in situ composée de rampes, de poutres, de plateformes d’équilibre, de corniches et d’une sphère massive en contreplaqué. Âgé alors de quarante ans, cet ancien minimaliste imaginait une œuvre bien plus complexe qu’un simple assemblage de formes géométriques. Comme l’écrivaient David Sylvester et David Compton dans le catalogue de l’exposition, les œuvres étaient « une succession de structures qui, tout en rappelant par leur simplicité absolue les premières sculptures de Morris, invitant le public à une participation physique ». Le directeur du musée, Norman Reid, avait déjà expliqué que les structures avaient été « spécialement conçues et construites pour la Tate à partir de matériaux dont la plupart peuvent être réutilisés pour fabriquer des sols, des portes, du mobilier, etc. ». Il ajoutait : « Il s’agit d’un nouveau concept d’art sans objets permanents. » En 2009 la Tate Modern a demandé à Morris de recréer son projet original avec des matériaux plus résistants, notamment du contreplaqué de qualité supérieure, et en y ajoutant des filets et autres dispositifs de sécurité. Rebaptisée Bodyspacemotionthings, l’œuvre a connu un succès encore plus grand qu’il y a près de quarante ans. Étonnamment, aucune mention n’a été faite de la chorégraphe Simone Forti, première épouse et ancienne collaboratrice du sculpteur, qui avait utilisé avec Morris des éléments similaires comme accessoires de danse, ce qui a peut-être conduit Morris à repenser ces structures comme des sculptures minimalistes. Présentées pour la deuxième fois à la Tate, les œuvres de Morris semblaient renouer avec la tradition de l’art performatif et énergique de l’installation qu’elles avaient involontairement annoncée.

Questionnements possibles à aborder avec les élèves :

  • Comment l’aménagement de l’espace permet-il de favoriser l’engagement actif ?
  • Comment l’ouverture des espaces facilite-t-il le développement de l’autonomie ?
  • Dans quelles mesures l’accrochage visuel (œuvres et réalisations) développe-t-il l’exercice critique ?
  • Pourquoi l’usage d’un espace de monstration donne-t-il du sens aux productions et valorise-t-il les apprentissages ?
  • Comment organiser l’espace pour guider sans contraindre ?
  • En quoi l’ergonomie de l’espace contribue-t-il au sentiment de sécurité ?
  • En quoi le choix du mobilier participe-t-il à développer la collaboration ?
  • Pourquoi l’accès facilité aux outils et matériaux provoque-t-il l’action libre ?
  • En quoi la libération des espaces accorde-t-il davantage de liberté de circulation ?
  • Comment l’organisation d’une zone de verbalisation encourage-t-elle la parole ?
  • Dans quelles mesures un espace modulable est-il plus adéquat à un apprentissage évolutif ?
  • En quoi l’espace est-il fini ou infini ?
  • Comment l’espace peut-il se mesurer ?
  • Dans quelles mesures l’espace peut-il révéler ou tromper ?

Notions satellites en jeu :

Stratégie de communication, point de vue, regard, posture, recul, envergure, étendue, circulation, hauteur, panorama, lieu, zone, proximité, cadre, environnement, mur, surface, volume, profondeur, extension, ouverture, fenêtre, exposition, monstration, atelier, table(-au), limite, frontière, aire, superficie, paysage, ouvert-fermé, vide-plein

Pour aller plus loin :

John DEWEY, Démocratie et Éducation, 1916
Maria MONTESSORI, l’esprit absorbant de l’enfant, 1949
Celestin FREINET, l’éducation du travail, 1949
Henry LEFEBVRE, la production de l’espace, 1974
Philippe MEIRIEU, le choix d’éduquer, 1991
Rémy DANQUIN, 52 méthodes pratiques pour enseigner, 2015. Réseau canopé.

Catherine GROSTABUSSIAT, L’art en jeu ; créer, fabriquer, jouer, 2018. Réseau canopé.

Émilie LEBRET et Christelle QUESNE, L’escape Game, 2019. Réseau Canopé.

L’impact de l’aménagement de la salle par le designer Anthony MAK

https://anthonymak.ca/2025/01/17/limpact-de-lamenagement-des-salles-de-classe-sur- lapprentissage-11-amenagements-et-des-conseils-pour-les-optimiser/

Aménagement d’une salle de classe – éduscol – école élémentaire https://batiscolaire.education.gouv.fr/sites/default/files/2024-01/fiche-sc- elementaire-vf-pdf-38630.pdf