
Image d’archive : Le Figaro, daté du 16 novembre 1866. @ Le Figaro
Source : Le Figaro.
HUITIÈME ENTRETIEN :
Émilie A.
Ancienne Élève en Classe Préparatoire Littéraire à Pierre d’Ailly, de 2016 à 2019 :
2016-2017 : Hypokhâgne.
2017-2019 : Khâgne et khûbe spécialité Lettres modernes.
1. Après l’obtention du Bac, saviez-vous à quel type d’études vous souhaitiez vous consacrer ?
Au moment de choisir quelles études supérieures je souhaitais faire, j’étais assez perdue et je ne savais pas vers quelles formations me tourner (Sciences Po, école de journalisme, université…). N’ayant pas encore décidé du métier que je souhaitais exercer, le choix était encore plus difficile. Mes professeurs de terminale m’ont alors conseillé d’intégrer une classe préparatoire littéraire. Ces deux années me laissaient ainsi le temps de réfléchir au chemin que je voulais emprunter, tout en suivant une formation solide et riche.
2. Comment avez-vous découvert l’existence des classes préparatoires littéraires, Hypokhâgne (Lettres supérieures) et Khâgne (Première supérieure) ?
J’étais en Terminale Littéraire (Baccalauréat obtenu en 2016), et j’étais perdue face aux choix qui s’offraient à moi. J’ai eu la chance d’avoir une excellente professeure de littérature en Terminale. C’est principalement elle qui m’a orientée vers les classes préparatoires. Mes autres professeurs m’ont également encouragée à opter pour cette formation. Dans mon lycée, la CPGE, c’était un peu le passage obligé pour les très bons élèves, un moyen de s’assurer un avenir brillant, selon nos professeurs. La prépa littéraire m’offrait la possibilité de continuer à suivre des matières qui me passionnaient : la littérature, la philosophie et l’histoire. Ne sachant pas quel métier je souhaitais exercer, c’était aussi un moyen d’avoir une formation pluridisciplinaire, sans me fermer de portes. L’un des arguments de mes professeurs était que la CPGE offrait de nombreuses opportunités (concours pour devenir professeur, concours pour les écoles de journalisme…).
3. Arrivée en Hypokhâgne, quelles ont été vos premières impressions ?
Lors de ma rentrée en Hypokhâgne, j’étais partagée entre l’excitation de cette nouvelle année scolaire et le stress, à l’idée de ne pas y arriver. Les premiers mois ont été difficiles. Il a fallu s’adapter à ce nouvel environnement et essayer de ne pas se décourager face aux mauvaises notes. Il a aussi fallu apprendre et mémoriser tous les cours, et gérer les devoirs. Au milieu de l’année, j’avais trouvé un rythme et, heureusement, nous avions les vacances scolaires pour travailler et nous reposer. Les deux années suivantes, le rythme était plus intense, avec la préparation des concours, mais je savais un peu plus où j’allais, et je connaissais mieux les attentes.
4. Quelles sont les exigences de la classe d’Hypokhâgne ? Qu’attend-on des élèves qui veulent y entrer ?
Avant notre entrée en première année, nous avons reçu une liste d’ouvrages et d’articles à lire avant la rentrée. C’est à ce moment-là que j’ai réalisé que la Terminale n’était rien à côté de ce qui m’attendait. J’étais scolarisée dans un très bon lycée privé, donc je savais déjà ce que le mot travail signifiait, et j’avais passé mes trois ans de lycée à étudier. Mais je savais que les exigences seraient plus hautes et, surtout, que j’allais me retrouver avec des élèves aussi bons, voire meilleurs que moi. La première chose à avoir en tête quand on entre en CPGE, c’est la motivation. C’est un véritable engagement dans le travail. Il faut être déterminé et surtout persévérant. Ce n’est pas un mythe, lorsqu’on dit qu’un élève en classe préparatoire ne vit que pour ça. En dehors des cours, on consacre la plupart de notre temps libre à la relecture de nos cours, à la réalisation de fiches et aux révisions. Mais il faut aussi savoir se donner du temps libre pour pouvoir souffler. C’est important de conserver un bon équilibre entre le travail et les moments de repos. Ce n’est pas une tâche aisée, et je pense que c’est ce qui a été le plus difficile pour moi, durant la première année. La curiosité et l’envie d’apprendre sont aussi essentielles quand on intègre une telle formation. L’objectif n’est pas simplement d’apprendre en prévision des concours, mais de nourrir notre esprit critique en allant plus loin que les notions apprises en classe, en lisant ou en regardant des films, par exemple.
5. Comment êtes-vous parvenue à organiser votre travail pour répondre à ces exigences ? Avez-vous rencontré des difficultés dans ce domaine ?
Selon moi, la clé pour réussir en classe préparatoire, c’est l’organisation. Face à la quantité de travail, il faut être ordonné. J’ai conservé la méthode de travail que j’utilisais au lycée : la planification et la hiérarchisation des tâches. Le planning me permettait d’avoir une vue globale sur les devoirs (dissertations, khôlles, exposés, révisions) que j’avais à faire durant la semaine. En ayant un planning, j’étais moins stressée, et j’arrivais à rendre mes devoirs dans les temps. J’ai rarement fait des nuits blanches pour rendre une dissertation le lendemain ! J’ai aussi appris à hiérarchiser mes tâches, en faisant passer en priorité les devoirs qui demandaient le plus de temps (et pas les devoirs que j’avais le plus envie de faire). J’ai également appris à passer moins de temps sur certaines tâches et à être plus efficace.
6. Certains prétendent que la classe préparatoire est un « enfer »… Qu’en pensez-vous ?
Après sept années d’études supérieures, les trois années en classe préparatoire restent sans hésitation, mes plus belles années en tant qu’étudiante. Certes, la première année a été difficile, car il a fallu s’adapter à un nouvel environnement (nouvelle ville, vie à l’internat, nouvelle classe) et aux exigences demandées. Mais, les deux autres années ont été beaucoup plus simples. En khâgne, et encore plus en khûbe (2e année de khâgne), je savais à quoi m’attendre, et j’avais appris à répondre aux attentes des professeurs. J’étais donc mieux préparée, et je ne plongeais pas dans l’inconnu.
Outre la stimulation intellectuelle, l’autre richesse de la prépa, ce sont les liens qu’on y tisse et qu’on garde toute sa vie. La CPGE, c’est aussi une expérience humaine. C’est au Lycée Pierre d’Ailly que j’ai rencontré mes meilleurs amis, c’est ici que nous avons créé nos premiers souvenirs en tant que jeunes adultes.
7. Que vous ont apporté vos trois ans de prépa ?
C’est une formation solide et riche, qui nous sert pour la suite de notre parcours universitaire. La classe préparatoire m’a aidée à être davantage rigoureuse et à développer mon esprit critique. Elle m’a également montré que l’important ne résidait pas dans les notes, mais dans notre progression. Si je compare avec les autres formations que j’ai suivies (master recherche de littérature française, Sciences Po et école de journalisme), c’est sans nul doute en prépa que j’ai appris le plus de choses. C’est aussi en prépa que j’ai eu les professeurs les plus à l’écoute et les plus bienveillants. Ici, nous n’étions pas des numéros, chaque professeur avait des attentions particulières pour les élèves. J’ai d’ailleurs conservé des liens forts avec certains professeurs.
8. Pourquoi avez-vous choisi le lycée Pierre d’Ailly, à Compiègne ? Quels sont, d’après vous, ses atouts ?
C’est un heureux hasard. J’avais entendu parler de cette classe préparatoire, et j’hésitais avec des CPGE classées. De nature très anxieuse, je m’imaginais assez mal dans une prépa sélective, avec des classes pleines à craquer. Je cherchais plutôt une CPGE à échelle humaine, avec des professeurs attentifs et à l’écoute. J’ai aussi été convaincue par la proximité entre la prépa et la maison de mes parents (Amiens), et par le cadre agréable du lycée (forêt, parc).
9. Où en êtes-vous de vos études ou de votre parcours professionnel aujourd’hui ? Quelles en ont été les différentes étapes ? Avez-vous projets ?
J’ai terminé mes études il y a environ un an (en novembre 2023) avec un double diplôme à Sciences Po Lyon et au Centre de Formation des journalistes de Paris (CFJ). Après la classe préparatoire (trois ans), j’ai été admise en Master 1 de recherche en Littérature générale et comparée à Paris-Sorbonne (Paris IV). Lors de ma deuxième année, j’ai eu la chance de partir étudier un semestre à l’étranger. Réalisant mon mémoire de fin d’étude sur une auteure sud-coréenne, j’ai pu partir étudier six mois à l’université de Yonsei à Séoul en Corée du Sud. J’y ai suivi des cours de littérature, de coréen, mais aussi de journalisme. J’ai commencé à m’intéresser aux écoles de journalisme. Parallèlement à ce master, j’ai passé les concours pour les écoles de journalisme et les IEP. J’ai passé les concours pour le master de journalisme de Sciences Po Rennes, de Sciences Po Toulouse et de Sciences Po Lyon auxquels j’ai été admise. J’ai finalement choisi Sciences Po Lyon qui offrait la possibilité de faire un double diplôme avec le CFJ (classée 2e parmi les écoles de journalisme reconnues). J’ai passé une année à Sciences Po puis, l’année suivante, au CFJ, avant d’obtenir mon diplôme. Pendant et après mon cursus, j’ai participé à plusieurs concours et j’ai notamment remporté un prix vidéo pour la région Nouvelle-Aquitaine, ainsi que le prix du jeune reporter européen 2023 (association reporters d’espoirs), qui a permis d’étoffer mon CV. En ce qui concerne mon parcours professionnel, j’ai réalisé plusieurs stages dans différentes rédactions (au sein de l’Agence France presse de Paris et de Libération). J’ai travaillé ensuite brièvement à Rennes, pour le quotidien Ouest France, puis j’ai intégré le service International du journal La Croix. Depuis plusieurs mois, j’occupe un poste de data journaliste au Figaro, à Paris. Je fais principalement de l’enquête et de la collecte de données.
10. Quel(s) conseil(s) donneriez-vous aux nouveaux Hypokhâgneux, ainsi qu’à ceux qui se demandent s’ils feront ou non ce choix en 2025 ?
Le premier conseil que je donnerais, c’est de ne pas avoir peur. Il est vrai que la classe préparatoire, est une formation qui pourrait en décourager et en effrayer plus d’un. Il y a certes un fossé entre le lycée et la prépa, mais je pense que c’est l’une des formations qui nous préparent le mieux pour la suite de notre parcours académique. D’abord, je trouve que la transition est plus douce qu’à la faculté, parce que nous sommes encore très encadrés par nos professeurs, qui nous guident avec bienveillance. De plus, c’est idéal quand on ne sait pas exactement quel métier on souhaite faire, car nous continuons à suivre une formation pluridisciplinaire. Nous ne sacrifions aucune matière, et nous gardons toutes les portes ouvertes. Par ailleurs, c’est une expérience qui nous sert toute notre vie. Nous apprenons à mieux travailler, à être plus rigoureux et surtout nous lisons énormément. Enfin, (même si c’est une expérience personnelle), la prépa nous permet de grandir à notre rythme et, pour beaucoup, d’y rencontrer des gens avec qui nous resterons amis pour la vie.
(C’est moi – RAC – qui souligne)