
Auguste Renoir, La Liseuse (1874-1876)
(Avec l’autorisation de l’agence photographique de la RMN-GP) Crédit photographique : © RMN-Grand Palais (musée d’Orsay) / Hervé Lewandowski
Choix de Mellie R.
DEUXIÈME ENTRETIEN :
Mellie R.
Ancienne élève en Classe Préparatoire littéraire au Lycée Pierre d’Ailly, de 2010 à 2012.
2010-2011 : Hypokhâgne.
2011-2012 : Khâgne option (spécialité) Histoire et Géographie.
1. Après l’obtention du Bac, saviez-vous à quel type d’études vous souhaitiez vous consacrer ?
Je ne savais pas exactement ce que je souhaitais faire. Je me suis imaginée poursuivre des études d’espagnol, car c’était un domaine où je me sentais à l’aise et une langue que j’appréciais beaucoup. Mais finalement, ayant découvert l’existence de la classe préparatoire, je me suis tournée vers elle. Ne sachant que faire précisément, la formation généraliste m’attirait.
2. Comment avez-vous découvert l’existence des classes préparatoires littéraires, Hypokhâgne (Lettres supérieures) et Khâgne (Première supérieure) ?
J’ai eu la chance d’avoir été guidée par quelques-uns de mes professeurs qui m’avaient vivement conseillé d’intégrer cette formation pour la qualité de ses enseignements autant que pour l’efficacité de ses méthodes de travail. S’en sont suivis des cours préparatoires à la classe préparatoire elle-même qui ont été donnés à quelques élèves désireux de poursuivre dans cette voie. Lors du Forum du Lycéen à l’Etudiant d’Amiens, je me suis également renseignée auprès des représentants de la CPGE venant de tous les établissements picards qui proposaient cette formation. Echanger avec eux m’a permis de mieux comprendre la finalité de ces classes.
3. Arrivée en Hypokhâgne, quelles ont été vos premières impressions ?
J’ai d’abord été très impressionnée par le niveau d’exigence imposé. J’étais curieuse, et la richesse des cours me stimulait, d’autant que ces derniers étaient dispensés par des professeurs passionnants et d’une grande qualité. Puis très vite, j’ai senti comme une lourde impression de découragement. Le rythme était rude, encore inédit, et je participais à presque tous les cours et modules optionnels. Je me sentais fatiguée moralement, physiquement. C’est à ce moment-là que j’ai compris qu’on me demandait de ne pas seulement faire les choses correctement, mais bien : cela supposait beaucoup de travail et une remise en question de soi-même, de ses méthodes de travail et de son organisation.
4. Quelles sont les exigences de la classe d’Hypokhâgne ? Qu’attend-on des élèves qui veulent y entrer ?
On attend d’abord des élèves un engagement entier, et sincère. Il ne faut pas entrer en Hypokhâgne par défaut, ou parce qu’on y est contraint par ses parents. C’est avant tout un choix personnel qu’il faut ensuite assumer en montrant de la volonté, de la persévérance et du sérieux dans le travail. On attend ensuite de ces élèves de la flexibilité afin de se plier de façon moins brutale au rythme des cours, de prendre rapidement ses marques pour pouvoir s’organiser au mieux ; et de l’endurance pour que, tout en se remettant en question, les élèves ne baissent pas les bras. Mais je crois surtout que l’exigence principale en entrant en Hypokhâgne est cette façon de nous pousser jusque dans nos derniers retranchements afin de donner le meilleur de nous-mêmes, une chose que l’élève doit puiser dans chacune de ses plus profondes ressources pour pouvoir y parvenir.
5. Comment êtes-vous parvenue à organiser votre travail pour répondre à ces exigences ? Avez-vous rencontré des difficultés dans ce domaine ?
Ma plus grande difficulté a été de faire face à une véritable masse de travail : apprendre les cours, les compléter par des lectures essentielles, et faire en parallèle les devoirs, les dissertations, les préparations, les commentaires, les traductions, … Autant de choses qui nous plongent dans de longues et exclusives heures de concentration. Il n’y a pas d’autres choix que de s’investir grandement, de s’accrocher, et de travailler sans compter les heures, en prenant son mal en patience.
6. Certains prétendent que la classe préparatoire est un « enfer »… Qu’en pensez-vous ?
C’est cette façon qu’elle a de nous mettre à l’épreuve qui rend la classe préparatoire à la fois si difficile, c’est vrai, mais aussi si profonde. Parfois décourageante, et même douloureuse quelquefois, elle nous pousse à puiser et à creuser au-delà de nos limites. S’y plier est un travail sur soi-même long et usant qui peut paraître pour certains un « enfer ». Mais ce qu’on en retire après ces deux années est si beau que, malgré les peines et la fatigue, l’amertume d’avoir parfois sacrifié des moments en famille ou entre amis, elle nous fait atteindre l’accomplissement d’une pleine satisfaction de soi.
7. Que vous ont apporté vos deux ans de prépa ?
Elles ont eu sur moi comme un effet thérapeutique qui m’a permis aujourd’hui d’avoir enfin confiance en moi. Au-delà du cadre scolaire, c’est une véritable leçon de vie qu’elle m’a apportée : faire du travail une vertu qui me permet de m’instruire chaque jour un peu plus intellectuellement et culturellement, rechercher dans les études comme dans la vie quotidienne à faire les choses avec soin, être combative quoi qu’il advienne, me découvrir une vocation inespérée pour la géographie, et même jusqu’à y avoir fait des rencontres inoubliables, ces deux années ont été les plus intenses de ma vie.
8. Pourquoi avez-vous choisi le lycée Pierre d’Ailly, à Compiègne ? Quels sont, d’après vous, ses atouts ?
J’ai choisi la Classe Préparatoire aux Grandes Ecoles du Lycée Pierre d’Ailly car mes anciens professeurs me l’avaient présentée sous un jour très favorable… J’ai moi-même pu constater lors du Forum du Lycéen à l’Etudiant qu’elle était très convaincante. J’ai pu le noter à travers le sérieux de sa présentation et de ses ambitions : guider les élèves avec patience, sans trop d’indulgence (puisque finalement elle ne nous rend pas service), mais toujours avec tolérance et beaucoup de rigueur. En y entrant, j’ai constaté que son atout principal résidait dans l’effectif à taille humaine de sa classe. Cela permet d’instaurer entre les élèves et les professeurs un échange privilégié reposant sur un réel partage. C’est une relation si étroite qui s’instaure, qu’il n’est pas rare qu’élèves et professeurs se quittent avec beaucoup de tristesse à la fin des deux années.
9. Où en êtes-vous de vos études aujourd’hui ? Quels sont vos projets ?
Après mes deux années de CPGE*, je me suis tournée vers des études de Géographie, une science humaine d’une incroyable richesse. Ayant décroché ma licence avec la mention bien, j’ai été récemment reçue à l’Université de Paris IV après écrit et oral d’admission. J’y intègrerai à la rentrée prochaine un master international d’Aménagement territorial et d’Urbanisme. J’ai comme projet professionnel de me spécialiser sur les questions urbanistiques concernant la durabilité des villes : autrement dit, parvenir à concilier la ville au principe de développement durable. J’espère également travailler sur le cas des villes des pays du Sud qui présentent des défis sociaux, économiques, et environnementaux majeurs.
10. Quel(s) conseil(s) donneriez-vous aux nouveaux Hypokhâgneux, ainsi qu’à ceux qui se demandent s’ils feront ou non ce choix en 2014 ?
Je dirais tout d’abord à ceux qui hésitent à intégrer une Hypokhâgne à la rentrée prochaine, qu’aucun d’entre nous ne l’a jamais regretté par la suite. Elle constitue une expérience à part entière qui vous marque toute votre vie, à la fois dans les rapports que vous entretenez avec le travail et le savoir, mais aussi dans les rapports à l’autre. Elle vous fait grandir, mûrir, et vous apporte une force de caractère qui vous conduit à prendre définitivement confiance en vous. Pour toutes ces raisons, je ne donnerai qu’un conseil aux hésitants : celui d’intégrer vivement à la rentrée prochaine une Hypokhâgne.
Aux nouveaux Hypokhâgneux, j’aimerais dire qu’il ne faut pas perdre espoir devant les difficultés qui se présenteront à eux. L’Hypokhâgne vous inculquera des valeurs qui se convertiront en de véritables principes de vie. Mais avant de parvenir à ce résultat, il faut s’armer de patience et de courage, et se donner avec beaucoup de générosité et d’honnêteté dans son travail.
- CPGE : Classes Préparatoires aux Grandes Ecoles.