Ce site se veut un lieu de réflexion et d’échanges avec les Hypokhâgneux. Reynald André CHALARD est professeur de Lettres supérieures au lycée Pierre d’Ailly de Compiègne. Organisateur et animateur de deux cycles de conférences, LES RENCONTRES DE PIERRE D'AILLY ainsi que LES LUNDIS DE PIERRE D'AILLY, il enseigne également la littérature aux spécialistes de Lettres modernes en Khâgne (Première supérieure)

LES LUNDIS DE PIERRE D’AILLY : Conférences sur les études littéraires. Présentation et programme.

«La spécialisation sans l’universalisme est aveugle, l’universalisme sans la spécialisation n’est qu’une bulle de savon.» Ernst Robert Curtius, La Littérature européenne et le Moyen Âge latin, 1953.

« La Tour de Babel », Bruegel l’Ancien, 1563.


LES LUNDIS DE PIERRE D’AILLY ont pour vocation de faire réfléchir les étudiants des classes de Lettres sur la spécificité des études littéraires, en les confrontant «techniquement» aux différentes approches critiques de cet objet particulier que l’on appelle littérature. Face à un spécialiste universitaire d’un auteur, d’un genre, d’une période ou d’un mouvement, qui présente, dans le cadre d’une conférence, le ou les problèmes précis posés par une oeuvre littéraire au programme, ils sont invités à questionner le sens de ce qui leur est donné à lire mais aussi le rapport de ce questionnement à la culture générale. À une époque où il est plus que jamais urgent de mettre le singulier à l’épreuve de l’universel, l’exigence de Curtius nous paraît fondamentale pour la construction critique des savoirs. Comme pour Les Rencontres de Pierre d’Ailly, que les «Lundis» complètent, chaque conférence est précisément articulée au cours de Lettres en Hypokhâgne, qu’elle prolonge par un dialogue vivant.


Le nom donné à ces conférences, LES LUNDIS DE PIERRE D’AILLY, est évidemment une référence aussi sérieuse qu’ironique aux fameuses CAUSERIES DU LUNDI du grand critique littéraire du XIXe siècle Sainte-Beuve, qui consistaient en des articles sur la littérature publiés chaque lundi, dans les journaux Le Constitutionnel, puis Le Moniteur et Le Temps, entre 1849 et 1869. Ces articles furent ensuite publiés en volume sous le titre de CAUSERIES DU LUNDI, puis de NOUVEAUX LUNDIS, le jour de la semaine ainsi retenu désignant par métonymie l’étude que Sainte-Beuve proposait à son public cultivé. La démarche de Sainte-Beuve était à la fois simple et ambitieuse : il était question de composer un tableau de la littérature française – et accessoirement de la critique -, en suivant l’actualité littéraire, dont il fallait rendre compte. Par exemple, le volume III des NOUVEAUX LUNDIS proposait, dans sa table des matières, une étude du théâtre de Corneille, et plus particulièrement du CID, à la lumière des travaux récents sur cet auteur, ainsi qu’un compte rendu de lecture du roman de Fromentin intitulé Dominique, qui avait paru deux ans auparavant. La «causerie » ne consistait pas en une vaine et démagogique familiarité de ton, mais plutôt dans le désir de rendre familière la littérature, et c’est cette seule ambition que poursuivent LES LUNDIS DE PIERRE D’AILLY, en mettant au cœur de leur réflexion l’étude de la littérature. Il n’est donc pas question de rivaliser avec Sainte-Beuve, mais de chercher à ritualiser, à travers le choix du premier jour de la semaine, notre intérêt commun pour les œuvres littéraires, ainsi que l’ont fait les MARDIS de Mallarmé, les DIMANCHES de Flaubert et les JEUDIS de Zola.


4e édition des LUNDIS DE PIERRE D’AILLY

(Lire le billet du 25 juin 2025)

Conférence de Clélia Anfray sur l’importance, pour l’histoire littéraire, des préfaces et des manifestes au XIXe siècle et, en particulier, de La Préface de Cromwell de Victor Hugo, lundi 26 MAI 2025, de 10h30 à 12h30, au lycée Pierre d’Ailly, en salle Imago Mundi, à Compiègne.

Titre de la conférence :

PRÉFACES ET MANIFESTES LITTÉRAIRES AU XIXe SIÈCLE (Littérature et Histoire littéraire)

Agrégée de lettres modernes et docteur ès lettres, Clélia Anfray est spécialiste de la littérature du XIXe siècle, notamment du roman zolien sur lequel porte sa thèse (La Bible de Zola : mythocritique des Rougon-Macquart sous la direction de J.-Y. Tadié, 2003) partiellement publiée en 2010 sous le titre Zola biblique (Le Cerf) ; mais aussi du théâtre hugolien dont elle a fait plusieurs éditions chez Gallimard (Lucrèce Borgia, Le Roi s’amuse, Marie Tudor, Marion de Lorme) ou GF (La Préface de Cromwell). Après s’être d’abord intéressée aux réécritures, elle s’est tournée vers l’étude de la censure dramatique sur laquelle elle a publié plusieurs articles. Parallèlement à son travail de chercheuse, Clélia Anfray est aussi romancière : elle a publié six romans, chez Gallimard (Le Coursier de Valenciennes, 2012 ; Monsieur Loriot, 2014 ; Le Censeur, 2015), au Mercure de France (Metropolis, 2022) et chez l’Harmattan ( Blanche-Neige, 2021 ; La Nuit berlinoise est propice au faussaire, à paraître en 2025).


Programme de réflexion

Cette 4e édition des LUNDIS DE PIERRE D’AILLY accompagne à nouveau une réflexion sur la critique littéraire, et plus particulièrement sur l’histoire littéraire, à travers la lecture de « préfaces » et de « manifestes » publiés au XIXe siècle, et en l’occurrence de la « Préface de Cromwell », de Victor Hugo, qui, même si elle n’en porte pas le nom, se présente comme « le premier grand manifeste du siècle » (dans Préfaces et manifestes du XIXe siècle, Presses Universitaires du Septentrion, 2009, p. 10). Les écrivains, poètes, romanciers, dramaturges éprouvent plus que jamais le besoin de donner des fondements théoriques à leurs œuvres. Le discours critique qui en résulte ne cherche plus à dénoncer dans celles-ci des écarts par rapport à une norme imposée ou à un modèle à imiter. « C’est bien le génie libre et créateur » qui est à l’origine de son art (Clélia Anfray, « Présentation de la Préface», GF-Flammarion, p. 24.). Dans le dernier manifeste romantique du XIXe siècle, William Shakespeare (1864), Hugo reconnaît – certes – une filiation possible entre les auteurs, d’Eschyle à Shakespeare, et de Shakespeare à …lui-même, sans se nommer, bien évidemment. Mais si l’on peut les « égaler », on ne doit pas, selon lui, les imiter. Comme le montre bien Clélia Anfray, « le drame, ultime forme théâtrale, a désormais la responsabilité d’être politique et de se confronter aux préoccupations de l’époque. A cette fin, son esthétique doit être révolutionnée. » (4e de couverture). On pourra ainsi se demander si, précisément dans son histoire de la civilisation associée à celle de la littérature, Hugo ne contribue pas, à sa manière, à l’avènement de la « méthode historique » de la critique littéraire, qui n’aura de cesse de se développer ensuite, mutatis mutandis, avec les travaux de Sainte-Beuve et ceux des universitaires qui, à ce moment-là, enseignent l’histoire de la philosophie et de la littérature à la Sorbonne (cf. ci-dessous). L’évocation polémique de « la querelle du Cid » pourrait en illustrer un aspect (relire à partir de la page 95 et, de Clélia Anfray les pages 22 et sqq., puis, dans le dossier, à partir de la page 181). Cette comparaison entre Corneille et Hugo permettra aussi de faire le point sur la « préface théâtrale » (du XVIIe au XIXe siècle), en observant de près la manière dont l’auteur de Cromwell en renouvelle les enjeux (lire impérativement les pages 149-165 du dossier élaboré par Clélia Anfray).

Les élèves seront ainsi sensibles à la manière dont un poète tel que Hugo commente sa démarche créatrice en la confrontant aux contextes – historique, social et culturel – des œuvres littéraires qui ont précédé les siennes. Ce faisant, ils s’interrogeront sur le bénéfice que peut en tirer l’histoire littéraire et sur la nécessité d’historiciser le regard qu’ils portent sur la littérature (Hugo se veut d’ailleurs « historien » – plus que critique – dans sa « Préface » cf. p. 62). Ils devront comprendre qu’il leur faut par conséquent en retrouver les marques dans le tissu du texte. A ce titre, l’impressionnante érudition dont Hugo fait preuve dans sa « Préface » montre à quel point elle nourrit l’œuvre elle-même : cet apport extérieur, composé de connaissances appartenant à des domaines divers, ne saurait être considéré comme superfétatoire…

Pour s’en convaincre, il faudra être particulièrement attentif à la « structure » (cf. la Présentation de Clélia Anfray, p. 11) de cette préface – la préface, que le théoricien Gérard Genette associe au « péritexte » (ou « paratexte ») – afin de mieux saisir la « signification » de cette « forme » littéraire (Jean Rousset, Forme et signification, Corti, 1962) :

« seuil » (cf. Genette, Seuils, éditions du Seuil, 1987), entrée en matière pour introduire à l’œuvre, la préface est pourtant presque toujours une postface (cf. Henri Mitterand, « La préface et ses lois », dans Le Discours du Roman, Presses Universitaires de France, coll. « Écriture », 1986). Son auteur parle au lecteur d’un texte que ce dernier ne connaît – en principe – pas encore mais dont il veut l’entretenir : à la fois avertissement et commentaire – mais aussi bien d’autres choses -, la préface, discours protéiforme, affirme que l’œuvre n’est pas seule, et qu’elle a besoin, pour être comprise, d’être interrogée, mais aussi de voir dépasser son caractère circonstanciel, en croisant des problématiques qui articulent savoirs et valeurs.

Concernant Hugo, il faudra ainsi s’attarder sur les points suivants, pour la relecture :

– La théorie des trois âges (p. 47-83) : les temps primitifs, les temps antiques, les temps modernes…

– Le grotesque (p. 60-77) : le beau, le laid, la notion de type, l’union du type grotesque au type sublime propre au génie moderne…

– La théorie du drame (p. 83-122) : le mélange des genres, la critique des règles classiques (attention portée à la « querelle du Cid »), le problème de l’imitation et la nécessité de la liberté dans l’art (idée qui sera reprise dans la « Préface » d’Hernani), l’art aussi considéré dans ses rapports avec la nature ; le drame défini comme « un miroir de concentration », la couleur locale, le vers dramatique…

– Sur le drame de Cromwell, en particulier (p. 122-140) : le personnage éponyme, la pièce, le problème de la représentation, l’aspiration à une nouvelle critique…

Conformément au principe des « Lundis de Pierre d’Ailly », la lecture réfléchie de la Préface de Cromwell doit amener les élèves à confronter l’œuvre de Hugo à la culture générale et, en particulier, à la culture littéraire, en questionnant l’une des composantes des études littéraires, à savoir précisément l’histoire littéraire. Comme le rappelle Luc Fraisse (cf. L’Histoire littéraire, un art de lire, Gallimard, coll. « La Bibliothèque Gallimard », 2006 et, pour approfondir la question : Les Fondements de l’histoire littéraire. De Saint-René Taillandier à Lanson, Honoré Champion, 2002), l’histoire littéraire naît au XVIIIe siècle, en 1733, avec le projet des bénédictins de Saint-Maur d’écrire une Histoire littéraire de la France qui consisterait à « mettre la production littéraire en rapport avec la civilisation du temps » (p. 17), situant les œuvres dans leur contexte et dans une chronologie. Au XIXe siècle, « le triumvirat de la Sorbonne » (Victor Cousin, François Guizot et Abel Villemain) travaille « dans la même optique, précisément historique et culturelle. » (p.18-19). Sans entrer ici dans les détails, il faut bien évidemment aussi citer Sainte-Beuve, à nouveau, Ferdinand Brunetière, Hippolyte Taine et Gustave Lanson qui -pour le dire très schématiquement – cherchent à comprendre l’œuvre par des éléments qui lui sont extérieurs : les circonstances biographiques, la psychologie (supposée) de l’auteur, le milieu et l’époque et une certaine conception des genres littéraires, qui connaitraient la même évolution que celle d’organismes vivants. C’est ainsi que l’enseignement de l’histoire littéraire s’est substitué à l’enseignement de la rhétorique « au tournant des années 1900 » (P. 24).

Le développement des sciences humaines tout au long du XXe siècle a nuancé voire parfois remis en question les présupposés des méthodes historiques que l’on vient d’énumérer. Mais cela n’invalide pas pour autant l’histoire littéraire, qui a beaucoup évolué depuis, grâce aux contestations dont elle a fait l’objetSe forger une conscience historique, en s’intéressant aux conditions de production et de réception de la littérature est nécessaire pour cerner les enjeux d’une œuvre littéraire. Aujourd’hui protéiforme et irréductible à une simple situation des textes dans le temps, l’histoire littéraire peut se déployer à travers des travaux aussi divers que ceux de Marc Fumaroli, d’Antoine Compagnon (critique « historique ») et de Pierre Barbéris (sociocritique) ou de Hans Robert Jauss (esthétique de la réception), et plus récemment de Dominique Maingueneau (qui articule l’étude du texte et du contexte, par l’analyse du « discours littéraire » et de sa « scène d’énonciation »), pour ne citer que ces auteurs-là (explications plus amples données en cours).

On évitera ainsi de tomber le piège de la surabondance d’informations plaquées sur l’œuvre qui, rappelons-le avec Luc Fraisse, n’est pas un documentL’art de lire, sous l’éclairage de l’histoire littéraire, consistera à sélectionner puis à problématiser les connaissances qui « entourent » l’oeuvre, puis à montrer, par l’étude textuelle, comment la singularité de l’œuvre en question se nourrit des généralités de ses contextes, en les métamorphosant, et inversement comment ces derniers s’échafaudent sur les œuvres, au-delà de la théorie un peu simpliste du reflet : comme le rappelle Marc Fumaroli dans Trois institutions (Folio, 1994, p. VII), « le poids de la société a longtemps pesé sur et contre l’éclosion du poète et de l’écrivain. »… Et Luc Fraisse, évoquant la pensée de Taillandier, affirme par ailleurs que, plus que ne le fait la société ou leur milieu, « les écrivains exactement contemporains s’influencent mutuellement. » (Les Fondements de l’histoire littéraire. De Saint-René Taillandier à Lanson, p. 131). C’est donc un véritable travail de réflexion qui est demandé aux élèves : ils ne devront pas confondre la compilation de documents ou d’informations autour d’une œuvre, et l’histoire littéraire, qui réclame, elle, toute la rigueur d’une démarche intellectuelle exigeante. (…). Texte complet donné en classe.


Quelques indications bibliographiques (complétées en classe)

  • BARBÉRIS, Pierre, Balzac. Une mythologie réaliste, Larousse, coll. « Thèmes et textes », 1971. (Approche sociologique de la littérature, sur fond de présupposés marxistes. On réfléchira à l’intérêt du sous-titre (Une mythologie réaliste), qui ne réduit le texte à un simple reflet des structures sociales existantes mais exige que dans la lecture on retrouve « l’auteur producteur dans son ordre propre. », car « Rien n’est simple en histoire littéraire » p. 27.).
  • FUMAROLI, Marc, L’Âge de l’éloquence, Albin Michel, 1994 (1980), 882 p. (« Bibliothèque de l’évolution de l’humanité » ; n° 4). (Histoire littéraire et histoire de la rhétorique – donc histoire des « formes » – conjuguées.).
  • FRAISSE, Luc, L’Histoire littéraire, un art de lire, Gallimard, coll. « La Bibliothèque Gallimard », 2006. (Pour une initiation aussi intelligente que stimulante.).
  • GENETTE, Gérard, « Poétique et histoire », dans Figures III, Éditions du Seuil, 1972, 286 p., p.13-20 (Considérant que l’histoire « n’est pas une science des successions, mais une science des transformations », Genette oppose une histoire des formes littéraires, qu’il appelle de ses vœux, à une histoire des œuvres, trop extérieure à son objet, la « littérature prise en elle-même et pour elle-même. »).
  • JAUSS, Hans Robert, Pour une esthétique de la réception, Gallimard, coll. « Tel », 1996. (Lire en particulier : « L’histoire de la littérature : un défi à la théorie littéraire », p. 23-88.).
  • MAINGUENEAU, Dominique, Le Contexte littéraire – Énonciation, écrivain, société, Dunod, 1993, 196 p. Repris en 2004, chez Armand Colin, sous le titre : Le Discours littéraire. – Propose des concepts nouveaux comme « paratopie » (appartenance problématique de l’écrivain au champ littéraire), « scénographie » (renvoie à la situation d’énonciation particulière de l’œuvre), « code langagier », pour mieux « contextualiser » les œuvres. Stimulant.).
  • ROHOU, Jean, L’Histoire littéraireObjets et méthodes, Nathan-Université, 1996, 128 p. (« 128 ») (Réflexion sur : a) l’histoire des œuvres et leur littérarité ; b) la fonction historique de la littérature ; c) les conditions matérielles et sociales du travail littéraire).
  • ROUSSET, Jean, Forme et significationEssai sur les structures littéraires de Corneille à Claudel, Corti, 1962. (Lire avec précision l’introduction, pour ce qu’elle dit de la « forme littéraire »).
  • VAILLANT, Alain, L’Histoire littéraire, Armand Colin, coll. « U », 2010.
  • La critique littéraire sur « Le Blogue des Lettres en Hypokhâgne » : lire le billet du 2 juin 2020. Y ajouter le billet du 28 décembre 2020 sur la lecture de l’œuvre littéraire. Consulter les différentes histoires littéraires disponibles au CDI.

3e édition des LUNDIS DE PIERRE D’AILLY

(Lire le billet du 15 juin 2024)

Conférence de Benoît Chantre sur l’oeuvre de l’anthropologue René Girard (1923-2015), mercredi 29 MAI 2024, de 10h à 13h, au lycée Pierre d’Ailly, en salle A105, à Compiègne.

Titre de la conférence :

LA THÉORIE MIMÉTIQUE EN LITTÉRATURE (Littérature et Anthropologie)

Benoît Chantre est docteur ès lettres, essayiste, dramaturge et éditeur. Président de l’Association Recherches Mimétiques (ARM), il est fellow de la Fondation Imitatio (San Francisco) et membre associé du Centre international d’études de la philosophie française contemporaine (CIEPFC-ENS Rue d’Ulm). Il vient de publier aux éditions Grasset (2023) la biographie intellectuelle de René Girard, anthropologue de la violence et du religieux, et théoricien du désir mimétique.

Signature de son livre après la conférence donnée au lycée Pierre d’Ailly, l’après-midi, à partir de 15 heures, à la FNAC de Compiègne, 1 bis Impasse Saint-Martin – 60200 Compiègne.

Benoît Chantre est notamment l’auteur d’un ouvrage sur la pensée de Charles Péguy intitulé Péguy point final ( Le Félin, 2014) et d’un essai sur le poète Hölderlin, Le Clocher de Tübingen, Grasset, 2019. Sa bibliographie compte aussi des livres d’entretiens qui sont de véritables dialogues, avec des écrivains aussi différents que Philippe Sollers, dans son ouvrage intitulé La Divine comédie en 2000, Jacques Julliard, dans Le Choix de Pascal en 2003 et René Girard, dont il a coécrit le dernier livre Achever Clausewitz (en 2007, réédité dans une version augmentée chez grasset en 2022). C’est un livre qui est bâti sur de longues discussions qu’il a eues avec lui et qu’il a entièrement remanié et rédigé, dit-il lui-même dans l’introduction. N’oublions pas La Conversion de l’art, en 2008 (réédition chez Grasset en 2023), ouvrage dans lequel il a rassemblé des textes de René Girard, écrits à différentes époques (certains dates du début des années 1950). Il faudrait aussi mentionner les films d’entretien La Violence et le Sacré, Le Sens de l’histoire, les nombreux colloques qu’il a organisés, notamment à Bibliothèque nationale de France, sur René Girard ET d’autres penseurs comme Levinas, Bourdieu, Sartre, Michel Henry. Il a aussi participé au beau Cahier de L’Herne consacré à René Girard en 2008… Il faut enfin évoquer son travail de dramaturge pour l’opéra et le théâtre : livret du Chant de Lune (Compiègne, 1991 ; Bourg-la-Reine, 2002) ; dramaturgie du Naufragé de Thomas Bernhard (Avignon, 2001 ; Paris, 2002) ; dramaturgies du Messie de Haendel (Théâtre du Châtelet, Paris, 2011) et du Roi pasteur de Mozart (Théâtre du Châtelet, Paris, 2014).

Accompagnant une réflexion sur la critique littéraire, cette 3e édition des LUNDIS DE PIERRE D’AILLY a pour but d’aider les étudiants de Lettres à se repérer dans le vaste champ des études littéraires. Après avoir réfléchi aux apports de la critique thématique, puis philologique, ils seront conviés à considérer l’intérêt du questionnement anthropologique dans la lecture des oeuvres : en prenant acte que l’anthropologie (« étude l’homme dans son ensemble », selon la définition du Trésor de la langue française) se tourne vers la littérature pour y déceler « les ressorts intimes et sensibles» (Claude Lévi-Strauss, L’Homme nu. Mythologiques IV, Plon, 1971, p. 571) du fonctionnement d’une société (Jean Jamin, Littérature et anthropologie, CNRS éditions, 2018, p. 16), ils chercheront à comprendre comment, à son tour, la littérature peut bénéficier, pour son interprétation, des observations et des concepts de cette science humaine. Ils partageront ce postulat tiré de l’expérience des grands écrivains, énoncé par Jean Jamin, dans son livre cité plus haut : «Tout auteur de fiction n’est-il pas habité par l’intime conviction, écrivait Virginia Woolf (Essais choisis, Gallimard, Folio, 2015, p. 102), que ce qu’il produit n’est ni un jouet ni une démonstration scientifique, mais un moyen de créer des visions fortes et violentes de la vie humaine ? » (Ibidem).

Pour mettre en oeuvre , modestement, ce programme ambitieux, nous avons choisi l’anthropologie mimétique de René Girard, premièrement formulée dans Mensonge romantique et vérité romanesque, paru en 1961. Ainsi que l’écrit Benoît Chantre sur le site de l’ARM, « le premier livre de René Girard, Mensonge romantique et vérité romanesque, publié en 1961, met au jour les ressorts du « désir triangulaire », à travers une approche de grandes œuvres romanesques (de Cervantès à Proust). Ses intuitions sur le « désir mimétique » lui permettent d’élaborer une anthropologie comparée des grandes formes du religieux archaïque : la question du mécanisme victimaire fait ainsi l’objet de son second livre, La Violence et le sacré, publié en 1972. » Dans Les Derniers jours de René Girard (Grasset, 2016, p. 80), Benoît Chantre rappelle que notre anthropologue «plaça l’imitation, la mimèsis, à l’origine de toutes les fondations.» Nous demanderons donc à notre invité de nous expliquer comment la notion de désir mimétique permet à René Girard de mieux comprendre les ressorts du romanesque, à partir d’une analyse fine des oeuvres de Cervantès, Stendhal, Flaubert, Dostoïevski et Proust. Si de la mimèsis René Girard tire une théorie complète de la culture humaine, il s’agit d’abord d’en étudier la découverte dans le roman, approché par une interrogation aussi bien technique (cf. le chapitre X) que métaphysique. Cette théorie sera appréhendée pour ce qu’elle est et ce qu’elle permet, ni clé de lecture absolue, encore moins mantra, mais mieux encore : une intuition et une réflexion géniales qui ne peuvent que stimuler notre intelligence des textes littéraires.

Les Hypokhâgneux et les Khâgneux du lycée Pierre d’Ailly pourront accompagner leur lecture de Mensonge romantique et vérité romanesque de la consultation du site de l’ARM : 1) pour une définition rapide du vocabulaire employé dans l’oeuvre de Girard ; 2) pour connaître les huit notions-clés de la pensée de René Girard.


Benoît Chantre fut l’invité de la 3e édition des « Rencontres de Pierre d’ Ailly», le 26 novembre 2015 : lire le billet du 27 novembre 2015. On peut également se reporter au billet du 8 novembre 2015, qui annonce cette « Rencontre » et propose une séquence vidéo de René Girard sur le thème du désir mimétique.

La théorie littéraire sur ce blogue : Roland Barthes, Antoine Compagnon et William Marx. Billet du 2 juin 2020.


2e édition des LUNDIS DE PIERRE D’AILLY

(Lire le billet du 3 juin 2023)

Conférence d’Eddie Breuil sur l’oeuvre du poète Germain Nouveau (1851-1920), lundi 22 MAI 2023, au lycée Pierre d’Ailly, en salle Imago Mundi, à Compiègne.

Titre de la conférence :

DU NOUVEAU CHEZ RIMBAUD : Problèmes éditoriaux et sémantiques des Illuminations (Littérature et critique philologique)

Eddie Breuil, docteur de l’Université Lumière-Lyon 2, est spécialiste de l’édition critique et a été l’un des conseillers scientifiques de la belle exposition organisée par la Bibliothèque Méjanes d’Aix-en-Provence en 2021 sur le poète Germain Nouveau. Il est notamment l’auteur de deux ouvrages importants : a)Du Nouveau chez Rimbaud, éditions Honoré Champion, 2014 ; b)Méthodes et pratiques de l’édition critique des textes et des documents modernes, éditions Classiques Garnier, 2019. Il s’occupe en ce moment de l’édition complète des oeuvres de Germain Nouveau.

Compagnon méconnu de Rimbaud et de Verlaine, Germain Nouveau (1851-1920) est l’auteur d’une oeuvre poétique importante, mais aujourd’hui délaissée, malgré des travaux critiques en cours, qui tentent de réhabiliter ce poète dont Aragon lui-même a dit qu’il était l’égal de Rimbaud (Les Lettres françaises, 7 octobre 1948). Des contemporains de Nouveau, avant les Surréalistes, en avaient pris conscience. Notre étude de La Doctrine de l’Amour et des Valentines (éd. Gallimard, coll. «Poésie». Edition de Louis Forestier) cherchera à faire découvrir ce poète rare, dont l’oeuvre nous permettra de définir quelques problèmes littéraires d’envergure, que nous ne résoudrons évidemment pas, mais qui sont au coeur des études de Lettres : a) le problème de l’édition de son oeuvre : celle de Louis Forestier, dans la collection Poésie / Gallimard, comporte des erreurs et des inexactitudes imputables aux premiers éditeurs de Germain Nouveau, qui ne voulait pas que l’on publiât quoi que ce soit de sa plume ; b) le problème posé par les manuscrits de l’oeuvre de Rimbaud intitulée Illuminations : on peut se demander s’ils ne cacheraient pas un autre auteur, qui serait Germain Nouveau lui-même. Eddie Breuil nous proposera une conférence sur ce thème, lundi 22 mai 2023. Il a en effet très aimablement accepté de venir nous expliquer ses conclusions sur l’analyse des manuscrits des Illuminations, pour savoir quelle part Germain Nouveau a pu prendre à l’élaboration de cette oeuvre. Qu’il en soit d’ores et déjà vivement remercié! c) Enfin, et dans le prolongement de ce qui précède, le problème de la place de Germain Nouveau dans l’histoire de la poésie, que nous tenterons de cerner en lisant son oeuvre à travers un ensemble de poèmes qui dessinent un parcours poétique et spirituel, et en prenant au sérieux ce qu’en dit le chef de file des Surréalistes André Breton, dans «Flagrant délit » (cf. La Clé des champs, Pauvert, 1979, p. 166.), à propos d’un faux Rimbaud publié en 1949 sous le titre La Chasse spirituelle : « Nouveau-Rimbaud : on n’aura rien dit, on n’aura rien franchi poétiquement tant qu’on n’aura pas élucidé ce rapport, tant qu’on n’aura pas dégagé le sens de la conjonction exceptionnelle de ces deux ‘natures’ et aussi de ces deux astres.»


1re édition des LUNDIS DE PIERRE D’AILLY

(Lire le billet du 2 novembre 2017)

Conférence de Sébastien Baudoin sur les Mémoires d’outre-tombe, de Chateaubriand, lundi 13 novembre 2017.

Titre de la conférence :

L’EXIL ET L’ENVOL : L’ALCHIMIE DES SOUVENIRS DANS LES MÉMOIRES D’OUTRE-TOMBE (Littérature et critique thématique)

Sébastien Baudoin est professeur de Lettres supérieures au lycée Victor Hugo à Paris. Agrégé de Lettres modernes et docteur ès Lettres, il est l’auteur de nombreux articles sur Chateaubriand et le paysage littéraire ainsi que sur Victor Hugo, Nerval, Flaubert, Emerson, Gracq, Thoreau, Tocqueville et Walt Whitman. Il est l’auteur de Poétique du paysage dans l’œuvre de Chateaubriand (Paris, Classiques Garnier, 2011), d’une édition scientifique de l’Essai sur la littérature anglaise de Chateaubriand (Paris, STFM/Classiques Garnier, 2013) et prépare actuellement l’édition scientifique du Voyage en Amérique (Paris, Gallimard, « Folio », 2019) ainsi que l’édition scientifique de la seconde partie du Génie du Christianisme de Chateaubriand (Paris, Honoré Champion, à paraître). Il co-dirige avec Béatrice Didier la section « Œuvres » du Dictionnaire Chateaubriand (Paris, Honoré Champion, à paraître). Notice de 2017. Aujourd’hui, Sébastien Baudoin est professeur de Première supérieure aux lycées Jules Ferry et Hélène Boucher de Paris, et sa bibliographie s’est considérablement enrichie !