Ce site se veut un lieu de réflexion et d’échanges avec les Hypokhâgneux. Reynald André CHALARD est professeur de Lettres supérieures au lycée Pierre d’Ailly de Compiègne. Organisateur et animateur de deux cycles de conférences, LES RENCONTRES DE PIERRE D'AILLY ainsi que LES LUNDIS DE PIERRE D'AILLY, il enseigne également la littérature aux spécialistes de Lettres modernes en Khâgne (Première supérieure)

13e édition des «Rencontres de Pierre d’Ailly», mardi 25 novembre 2025 : «Pourquoi des poètes aujourd’hui ?». Conférence d’Olivier Barbarant, poète, critique littéraire et inspecteur général de l’Éducation nationale.

Olivier Barbarant. ©Photographie : Francine Bajande. Source : L’Humanité.

13e édition des RENCONTRES DE PIERRE D’AILLY

Conférence d’Olivier Barbarant, prévue mardi 25 novembre 2025, à 14h00, au lycée Pierre d’Ailly, à Compiègne, en salle Imago Mundi.

Thème de cette nouvelle conférence :

«POURQUOI DES POÈTES AUJOURD’HUI ?»

Olivier Barbarant est né à Bar-sur-Aube le 5 mars 1966. Fils d’instituteur, il répond précisément aux ambitions scolaires de ce milieu attaché comme nul autre à la promotion républicaine : ancien élève de l’ENS de Fontenay-Saint-Cloud, agrégé de Lettres modernes, docteur ès Lettres, il enseigne successivement à l’université, en lycée puis en classes préparatoires. Ses lectures et ses travaux l’ont conduit à admirer, non pas successivement mais conjointement, des écritures aussi éloignées que celles par exemple de Philippe Jaccottet et d’Aragon (dont il est l’un des spécialistes et dont il a édité les Œuvres poétiques dans la Bibliothèque de la Pléiade) ou celles de Colette et de Maïakovski, de Claudel et de Gide, comme plus lointainement de Racine et de Rabelais. Il ne lui déplairait pas que ses poèmes conjuguent ainsi quotidienneté et mystique, tenue classique et modernité, élan lyrique et hésitation critique, frénésie et incertitude. Source : Gallimard.

L’objectif de cette nouvelle conférence sera de s’interroger avec Olivier Barbarant sur la fonction du poète et de la poésie aujourd’hui.

La démarche du cours (Lire le billet du 8 juillet 2025) :

Cette conférence est articulée au cours d’Histoire littéraire sur les oeuvres suivantes : Victor HUGO, Les Contemplations, ARAGON, Elsa, et Olivier BARBARANT, Odes dérisoires et autres poèmes. Olivier Barbarant lecteur d’Aragon lecteur de Hugo : notre programme a tenté d’établir une filiation poétique ou une esquisse d’histoire de la poésie – et des vues qu’elle présuppose sur ce grand genre littéraire -, à partir des affinités que chaque poète reconnaît avoir avec son aîné : trois poètes exemplaires, dont les principes poétiques contiennent des éléments de réponse suggestifs à la question posée. Pour se préparer au thème de cette conférence, on s’est aussi intéressé en cours à l’archéologie de cette question, aux inquiétudes -voire aux refus – et aux espoirs qu’elle charrie, de Hölderlin – qui en est à l’origine (1) – à Philippe Jaccottet, en passant par Heidegger -qui l’a amplement commentée (2), Adorno et Ingeborg Bachmann, par exemple. Olivier Barbarant proposera sa propre formulation du problème posé par cette question principielle pour la modernité poétique et, fort de sa pratique personnelle du poème, y apportera une réponse singulière.

(1) Hölderlin, « Pain et Vin» (élégie, 1800-1802) : « … à quoi bon des poètes au temps du manque ? » (Wozu Dichter in dürftiger Zeit ?), dans Oeuvre poétique complète, éditions Les Belles Lettres, 2024, p. 707.

(2) Heidegger, « Pourquoi des poètes ? », dans Chemins qui ne mènent nulle part, Gallimard, coll. « Tel », 2012 (1962), p. 323-385.


Aragon, Les Poètes (extrait du « Prologue»)

«(…) Les ténèbres sont les tambours

Des crucifixions humaines

Le poème y monte à rebours

D’Icare où la douleur le mène

Parmi les célestes labours

(…)

Je ne sais ce qui me possède

Et me pousse à dire à voix haute

Ni pour la pitié ni pour l’aide

Ni pour en avouer ses fautes

Ce qui m’habite et qui m’obsède

J’ouvre mon ventre et mon poème

Entrez dans mon antre et mon Louvre

Voici ma plaie et le Saint-Chrême

Voici mon chant que je découvre

Entrez avec moi dans moi-même»


Olivier Barbarant, Aragon, la mémoire et l’excès, Seyssel, éditions Champ Vallon, coll. « Champ Poétique », 1997, p. 237-238 (« Conclusion »).

«À la fameuse question hölderlinienne, ‘À quoi bon des poètes en temps de pénurie ?’, Aragon a tenté différentes réponses, plus ou moins adroites, plus ou moins complètes. Du moins a-t-il choisi d’affronter, sous tous ses aspects, sans en négliger aucun, la question.»


Olivier Barbarant, La Juste couleur. Chroniques poétiques, Seyssel, éditions Champ Vallon, coll. « recueil », 2021, p. 12-13.

«Je n’ai pas non plus coutume de proposer de la poésie des définitions, ni de formuler de ces déclarations de principe, souvent tonitruantes et, comme le faisait remarquer Lionel Ray, bardées désormais surtout d’interdits, par lesquelles tout un pan de la création se définit par ses exclusions ou une autopromotion généralement aussi solennelle que dérisoire. La guerre des camps, qui fournit aux contemporains l’illusion de l’importance, dans la surdité généralisée qui les entoure, ne m’intéresse pas. Pourtant, même à tenter de dire le plus sincèrement possible ce qu’est la littérature comme expérience, il me semble qu’on bascule très vite (…) dans une série de poses, de faussetés, de grandiloquences. À l’issue d’une conversation entre étudiants, dans les années 1980, j’étais parvenu à cette formule qui avait fait sourire des amis heideggeriens comme on pouvait l’être alors (c’est-à-dire sans aucun recul) : « Peut-être bien après tout que la poésie ‘dit l’être’… Mais il ne faut pas le dire, et encore moins le lui dire ! » Dès qu’une parole s’assied sur une certitude, elle est définitivement perdue. Il en va du poème comme du désir : s’il ne palpite, s’il se sait, s’il ne s’invente plus, mais se rejoue et se condamne à la répétition. Dès qu’elle se célèbre elle-même, la poésie devient cadavre : le cimetière est vaste ; comment dès lors la définir sans l’achever


Prix et distinctions

1999 : Prix Tristan-Tzara pour Odes dérisoires. Et quelques autres un peu moins.

2004 : Prix Mallarmé pour Essais de voix malgré le vent.

2005 : Prix des Découvreurs pour Essais de voix malgré le vent.

2019 : Prix Apollinaire pour Un grand instant.

2023 : Prix Maïse-Ploquin-Caunan de l’Académie française pour Séculaires.


Bibliographie

Poésie et proses

Les Parquets du ciel, Champ Vallon, 1992.

Douze lettres d’amour au soldat inconnu, Champ Vallon, 1993.

Odes dérisoires et quelques autres un peu moins, Seyssel, Champ Vallon, 1998.

Temps mort: journal imprécis, 1986-1998, Seyssel, Champ Vallon, 1999.

Essais de voix malgré le vent , Seyssel, Champ Vallon, 2003.

Je ne suis pas Victor Hugo (prose), Seyssel, Champ Vallon, 2007.

Élégies étranglées, Seyssel, Champ Vallon, 2013.

Odes dérisoires et autres poèmes (anthologie), Paris, Gallimard, coll. « Poésie/Gallimard », 2016.

Un Grand instant, Seyssel, Champ Vallon, 2019.

Séculaires, éditions Gallimard, 2022.

De olvidarte nunca (suite pour André), Les Venterniers, 2022.

Partitas pour violon seul, éditions Gallimard, 2024.


Critique, essais

Aragon, La Mémoire et l’excès, Champ Vallon, collection  » Champ poétique », 1997.

Louis Aragon, Œuvres poétiques complètes, Gallimard, bibliothèque de la Pléiade, 2007. (O. Barbarant, directeur de l’édition).

Arthur Rimbaud, Une saison en enfer, Le Temps des cerises, 2011, préface d’Aragon (1930), postface et appareil critique d’Olivier Barbarant.

Le Paris d’Aragon, éditions Alexandrines, 2016.

Aurélien – Paris/poésie, Saint-Omer, Éditions Les Venterniers.

J’entends l’histoire de moi-même – Trois visages d’Aragon (collectif : O.Barbarant, F. Eychart, D. Massonnaud), éditions de la Fondation Gabriel Péri.

La Juste couleur- chroniques poétiques, éditions Champ Vallon, octobre 2021.

Paul Éluard, La Mémoire des nuits, anthologie, deux tomes, Le Temps des cerises, 2023, choix des textes et préfaces Olivier Barbarant et Victor Laby.

Paul Eluard, Comme un enfant devant le feu (avec Victor Laby), Éditions Seghers, 2024.

Aragon, Essais littéraires, Bibliothèque de la Pléiade, Gallimard, 2025. (O. Barbarant, directeur de l’édition)