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Une expérience pédagogique
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Chers collègues,
Depuis la rentrée 2003, je mène une
expérience pédagogique dans mes classes
de STI. J'ai en effet conçu le cours de l'année
et le traitement de certaines
des notions au programme comme un commentaire du film Matrix, sorti sur
les écrans
en 1999. J'ai donc consacré (sacrifié pourrais-je
dire en raison du faible
horaire) deux heures à la projection du film, puis j'ai
soumis aux élèves un
questionnaire portant sur quelques-uns des thèmes
philosophiques abordés par
le film. L'exercice consiste à chaque fois à
comprendre le sens du film et des
questions qu'il ouvre en comparant le scénario avec des
textes de philosophes.
Mon objectif lors de la mise en place de ce projet était
triple :
1- Une captatio benevolentiae.
Les élèves ont un rapport plus
fréquent au cinéma qu'aux livres. On pourrait
alors me reprocher d'accentuer leur tendance naturelle en utilisant ce
médium
au quel ils n'ont qu'un rapport d'immédiateté.
Cependant il me semble que les
questionnaires obligent les élèves à
une modification de leur regard. Ils ne
sont plus de simples spectateurs passifs, ils sont obligés
en passant par la
verbalisation, la comparaison et le questionnement de penser ce que le
film
propose comme récit et comme idées. En reprenant
les arguments des auteurs américains
dont je me suis inspiré, je répondrais
à la question : "pourquoi avoir
choisi un film grand public ?" parce que c'est là qu'est
notre public :
les élèves. Une certaine conception de la
philosophie est à l'horizon de
cette expérience. Je souhaite montrer à mes
élèves que la philosophie
n'est pas tant un corpus qu'un certain regard sur le monde et que pour
comprendre ce monde le corpus des philosophes peut être utile.
2- Une voie pour poser les problèmes.
Le film offre en effet la possibilité de poser et de
développer un certain
nombre de problèmes relatifs aux notions au programme. J'en
propose quelques-uns
dans le questionnaire ci-dessous.
3- Une introduction aux auteurs classiques.
Les textes apparaissent aux élèves comme beaucoup
plus compréhensibles dans
la mesure où ils peuvent en inscrire les questionnements et
la réflexion dan
le cadre de l'analyse d'un récit, d'une aventure. Le film
n'est pas un objet en
soi mais le moyen d'introduire des auteurs et d'ouvrir des questions.
Les
contradictions ou les apories, évidentes du film, sont par
ailleurs autant de
manière de questionner les textes, d'affiner la
compréhension des positions
philosophiques.
Ce film grand public, présentant des scènes de
combats et une utilisation
innovante des effets spéciaux, peut être un outil
pour philosopher particulièrement
adapté à un public pour le moins circonspect
quant à la philosophie. En espérant
que la présentation de mon expérience en suscite
d'autres, je serais heureux
de connaître vos réactions ou les
expériences pédagogiques similaires que
vous avez pu mener.
Bibliographie
:
The Matrix and philosophy collectif, Willian Irvin
éditeur, Open Court,
Chicago, 2002.
Matrix, machine philosophique, collectif, Ellipses,
paris, 2003. Ce livre
est un recueil d'articles d'Alain Badiou, Jean-Pierre Zarader, Thomas
Bentouïl,
Elie During, Patrice Maniglier et David Rabouin. Il vient juste de
paraître et
je n'ai pas encore eu le temps de le consulter.
Yannick
BEZIN, Lycée Léonard de
Vinci, Soissons.
bezin.yannick@club-internet.fr
I-
Premier temps : "welcome to the desert of real" ou
la philosophie comme désillusion.
o Pourquoi Néo est-il physiquement malade à bord
du Nabuchodonosor ?
o En quoi consiste sa désillusion ? Pour répondre
à cette question, donnez une définition de ce
qu'est une illusion, puis décrivez ce à quoi
Néo croyait puis décrivez ce qu'est
réellement ce qu'il croyait être la
réalité?
o Lisez ce texte et répondez aux questions qui suivent.
Platon, La République, livre VII :
l'Allégorie de la caverne
SOCRATE
(S) - Maintenant, représente-toi notre nature selon qu'elle
a été instruite ou ne l'a pas
été, sous des traits de ce genre: imagine des
hommes dans une demeure souterraine, une caverne, avec une large
entrée, ouverte dans toute sa longueur à la
lumière: ils sont là les jambes et le cou
enchaînés depuis leur enfance, de sorte qu'ils
sont immobiles et ne regardent que ce qui est devant eux, leur
chaîne les empêchant de tourner la tête.
La lumière leur parvient d'un feu qui, loin sur une hauteur,
brûle
derrière eux; et entre le feu et les prisonniers
s'élève un chemin en travers duquel imagine qu'un
petit mur a été dressé, semblable aux
cloisons que des montreurs de marionnettes placent devant le public,
au-dessus desquelles ils font voir leurs marionnettes.
GLAUCON (G) - Je vois.
S. - Imagine le long du mur des hommes qui portent toutes sortes
d'objets qui dépassent le mur; des statuettes d'hommes et
d'animaux, en pierre, en bois, faits de toutes sortes de
matériaux; parmi ces porteurs, naturellement il y en a qui
parlent et d'autres qui se taisent.
G. - Voilà un étrange tableau et
d'étranges prisonniers.
S. - Ils nous ressemblent. Penses-tu que de tels hommes aient vu
d'eux-mêmes et des uns et des autres autre chose que les
ombres projetées par le feu sur la paroi de la caverne qui
leur fait face?
G. - Comment cela se pourrait-il, en effet, s'ils sont
forcés de tenir la tête immobile pendant toute
leur vie?
S. - Et pour les objets qui sont portés le long du mur,
est-ce qu'il n'en sera pas de même?
G. - Bien sûr.
S. - Mais, dans ces conditions, s'ils pouvaient se parler les uns aux
autres, ne penses-tu pas qu'ils croiraient nommer les objets
réels eux-mêmes en nommant ce qu'ils voient?
G. - Nécessairement.
S. - Et s'il y avait aussi dans la prison un écho que leur
renverrait la paroi qui leur fait face? Chaque fois que l'un de ceux
qui se trouvent derrière le mur parlerait, croiraient-ils
entendre une autre voix, à ton avis, que celle de l'ombre
qui passe devant eux?
G. - Ma foi non.
S. - Non, de tels hommes ne penseraient absolument pas que la
véritable réalité puisse
être autre chose que les ombres des objets
fabriqués.
G. - De toute nécessité.
S. - Envisage maintenant ce qu'ils ressentiraient à
être délivrés de leurs
chaînes et à être guéris de
leur ignorance, si cela leur arrivait, tout naturellement, comme suit:
si l'un d'eux était délivré et
forcé soudain de se lever, de tourner le cou, de marcher et
de regarder la lumière; s'il souffrait de faire tous ces
mouvements et que, tout ébloui, il fût incapable
de regarder les objets dont il voyait auparavant les ombres, que
penses-tu qu'il répondrait si on lui disait que jusqu'alors
il n'a vu que
des futilités mais que, maintenant, plus près de
la réalité et tourné vers des
êtres plus réels, il voit plus juste; lorsque,
enfin, en lui montrant chacun des objets qui passent, on l'obligerait
à force de questions à dire ce que c'est, ne
penses-tu pas qu'il serait embarrassé et trouverait que ce
qu'il voyait auparavant était plus véritable que
ce qu'on lui montre maintenant ?
G. - Beaucoup plus véritable.
S. - Si on le forçait à regarder la
lumière elle-même, ne penses-tu pas qu'il aurait
mal aux yeux, qu'il la fuirait pour se retourner vers les choses qu'il
peut voir et les trouverait vraiment plus distinctes que celles qu'on
lui montre ?
G. - Si.
S. - Mais si on le traînait de force tout au long de la
montée rude, escarpée, et qu'on ne le
lâchât pas avant de l'avoir tiré dehors
à la lumière du soleil, ne penses-tu pas qu'il
souffrirait et s'indignerait d'être ainsi
traîné; et que, une fois parvenu à la
lumière du jour, les yeux pleins de son éclat, il
ne pourrait pas discerner un seul des êtres
appelés maintenant véritables ?
G. - Non, du moins pas sur le champ.
S. - Il aurait, je pense, besoin de s'habituer pour être en
mesure de voir le monde d'en haut. Ce qu'il regarderait le plus
facilement d'abord, ce sont les ombres, puis les reflets des hommes et
des autres êtres sur l'eau, et enfin les êtres
eux-mêmes. Ensuite il contemplerait plus facilement pendant
la nuit les objets célestes et le ciel lui-même -
en levant les yeux vers la lumière des étoiles et
de la lune - qu'il ne contemplerait, de jour, le soleil et la
lumière du soleil.
G. - Certainement.
S. - Finalement, je pense, c'est le soleil, et non pas son image dans
les eaux ou ailleurs, mais le soleil lui-même à sa
vraie place, qu'il pourrait voir et contempler tel qu'il est.
G. - Nécessairement.
S. - Après cela il en arriverait à cette
réflexion, au sujet du soleil, que c'est lui qui produit les
saisons et les années, qu'il gouverne tout dans le monde
visible, et qu'il est la cause, d'une certaine manière, de
tout ce que lui-même et les autres voyaient dans la caverne.
G. - Après cela, il est évident que c'est
à cette conclusion qu'il en viendrait.
S. - Mais quoi, se souvenant de son ancienne demeure, de la science qui
y est en honneur, de ses compagnons de captivité, ne
penses-tu pas qu'il serait heureux de son changement et qu'il
plaindrait les autres?
G. - Certainement.
S. - Et les honneurs et les louanges qu'on pouvait s'y
décerner mutuellement, et les récompenses qu'on
accordait à qui distinguait avec le plus de
précision les ombres qui se présentaient,
à qui se rappelait le mieux celles qui avaient l'habitude de
passer les premières, les dernières, ou ensemble,
et à qui était le plus capable, à
partir de ces observations, de présager ce qui devait
arriver: crois-tu qu'il les envierait? Crois-tu qu'il serait jaloux de
ceux qui ont acquis honneur et puissance auprès des autres,
et ne préférerait-il pas de loin endurer ce que
dit Homère: "être un valet de ferme au service
d'un paysan pauvre", plutôt que de partager les opinions de
là-bas et de vivre comme on y vivait.
G. - Oui, je pense qu'il accepterait de tout endurer plutôt
que de vivre comme il vivait.
S. - Et réfléchis à ceci: si un tel
homme redescend et se rassied à la même place,
est-ce qu'il n'aurait pas les yeux offusqués par
l'obscurité en venant brusquement du soleil ?
G. - Si, tout à fait.
S. - Et s'il lui fallait à nouveau donner son jugement sur
les ombres et rivaliser avec ces hommes qui ont toujours
été enchaînés, au moment
où sa vue est trouble avant que ses yeux soient remis -
cette ré-accoutumance exigeant un certain délai -
ne prêterait-il pas à rire, ne dirait-on pas
à son propos que pour être monté
là-haut, il en est revenu les yeux
gâtés et qu'il ne vaut même pas la peine
d'essayer d'y monter; et celui qui s'aviserait de les délier
et de les emmener là-haut, celui-là s'ils
pouvaient s'en emparer et le tuer, ne le tueraient-ils pas ?
G. - Certainement.
Questions d'aide à la lecture :
1. Le récit oppose deux lieux très
différents : lesquels ? Sont-ils sans lien ? La caverne et
ses illusions est-elle une prison complètement close ?
Quelle conséquence pouvez-vous en tirer quant à
la possibilité pour l'homme d'atteindre la
vérité ?
2. Pourquoi les prisonniers prennent les ombres pour la
réalité ? A quoi leur connaissance est-elle
limitée ?
3. Entre la caverne et le feu passe un chemin, le prisonnier qui est
jeté hors de la caverne parcours ce chemin : qu'y gagne-t-il
? Que perd-il ?
4. Quel rapport les ombres projetées sur la paroi de la
caverne entretiennent-elles avec les statuettes? Les connaissances des
prisonniers sont-elles complètement fausses ?
5. Comment réagissent les prisonniers au discours de celui
est qui sorti de la caverne ? Quelles sont les conséquences
sociales d'une affirmation contraire aux croyances partagées
?
o Comparez la situation des prisonniers de la caverne
décrite par Platon avec la situation des hommes dans la
Matrice.
o Comparez le devenir du prisonnier libéré avec
celui de Neo.
o Quelle est alors leur mission ?
II-
Deuxième temps : le rêve ou la
réalité ?
o Quels sont les moments où Neo prend la
réalité pour le rêve et inversement ?
o Pensez-vous qu'il soit difficile de distinguer le rêve de
la réalité ? Justifiez votre réponse en analysant
l'exemple d'un rêve.
o Si ce que nous prenons pour la réalité n'est
qu'un rêve et si le rêve a parfois l'apparence de
la réalité, de quoi pouvons nous être
sûr, autrement dit que reste-t-il de certain ?
o Lisez ce texte et répondez aux questions qui suivent :
Descartes, Méditations métaphysiques,
première méditation :
"Tout ce
que j'ai reçu [=accepté] jusqu'à
présent pour le plus vrai et assuré, je l'ai
appris des sens [=nos cinq sens : le toucher, l'ouïe,
l'odorat, la vue et le goût], ou par les sens : or j'ai
quelquefois éprouvé que ces sens
étaient trompeurs, et il est de la prudence de ne se fier
jamais entièrement à ceux qui nous ont une fois
trompés.
Mais, encore que les sens nous trompent quelquefois, touchant les
choses peu sensibles et fort éloignées, il s'en
rencontre peut-être beaucoup d'autres, desquelles on ne peut
pas raisonnablement douter, quoique nous les connaissions par leur
moyen : par exemple, que je sois ici, assis auprès du feu,
vêtu d'une robe de chambre, ayant ce papier entre les mains,
et autres choses de cette nature. Et comment est-ce que je pourrais
nier que ces mains et ce corps-ci soient à moi ? si ce n'est
peut-être que je me compare à ces
insensés, de qui le cerveau est tellement troublé
[...], qu'ils assurent constamment qu'ils sont des rois, lorsqu'ils
sont très pauvres ; qu'ils sont vêtus d'or et de
pourpre, lorsqu'ils sont tout nus ; ou s'imaginent être des
cruches, ou avoir un corps de verre. Mais quoi ? ce sont des fous, et
je ne serais pas moins extravagant, si je me réglais sur
leurs exemples.
Toutefois [...] j'ai coutume de dormir et de me représenter
en mes songes les mêmes choses, ou quelquefois de moins
vraisemblables, que ces insensés, lorsqu'ils veillent.
Combien de fois m'est il arrivé de songer, la nuit, que
j'étais en ce lieu, que j'étais
habillé, que j'étais auprès du feu,
quoique je fusse tout nu dedans mon lit ? Il me semble bien
à présent que ce n'est point avec des yeux
endormis que je regarde ce papier ; que cette tête que je
remue n'est point assoupie ; que c'est avec dessein et de propos
délibéré [=volontairement] que
j'étends cette main, et que je la sens : ce qui arrive dans
le sommeil ne semble point si clair ni si distinct que tout ceci. Mais,
en y pensant soigneusement, je me ressouviens d'avoir
été souvent trompé, lorsque je
dormais, par de semblables illusions. Et m'arrêtant sur cette
pensée, je vois si manifestement qu'il n'y a point d'indices
concluants, ni de marques assez certaines par où l'on puisse
distinguer nettement la veille d'avec le sommeil, que j'en suis tout
étonné ; et mon étonnement est tel,
qu'il est presque capable de me persuader que je dors."
Questions d'aide à la lecture :
1. Dans le premier paragraphe, Descartes affirme que nous apprenons
grâce à nos sens mais que parfois ils nous
trompent : choisissez et développez un exemple pour soutenir
chacune des deux affirmations.
2. A propos de quelle chose nos sens ne peuvent-ils pas nous tromper ?
A qui ressemblerions-nous selon Descartes si nous commencions
à en douter?
3. A quelle conclusion Descartes veut-il aboutir en analysant les
rêves ?
o Comparez le texte de Descartes avec les expériences de Neo.
Descartes, Discours de la méthode,
quatrième partie :
"Mais
aussitôt après je pris garde que, pendant que je
voulais ainsi penser que tout était faux, il fallait
nécessairement que moi qui le pensais fusse quelque chose;
et remarquant que cette vérité, je pense, donc je
suis, était si ferme et si assurée, que toutes
les plus extravagantes suppositions des sceptiques n'étaient
pas capables de l'ébranler[...]"
o Quelle est la certitude à laquelle Descartes aboutit ?
III-
Troisième temps : le choix de Cypher.
o Quelle est la décision prise par Cypher et quelle en est
la motivation ?
o Comment jugez-vous cette décision ?
o Le plaisir est-il toujours le bon guide pour nos actions ? Pour
répondre à cette question comparez le mode de vie
des personnes du Nabuchodonosor et celle que Cypher souhaite. Laquelle
vous semble la plus raisonnable ?
o Lisez ce texte et répondez aux questions qui suivent :
Platon, Gorgias :
"Calliclès
: [...] Veux-tu savoir ce que sont le beau et le juste selon la nature?
Hé bien, je vais te le dire franchement ! Voici, si l'on
veut vire comme il faut, on doit laisser aller ses propres
désirs, si grands soient-ils, et ne pas les
réprimer. Au contraire, il faut être capable de
mettre son courage et son intelligence au service de si grands
désirs et de les assouvir avec tout ce qu'ils peuvent
désirer. [...]
Socrate : Mais, tout de même, la vie dont tu parles, c'est
une vie terrible ! [..] des hommes qui s'y connaissent [...]
soutiennent [...] qu'il existe un lieu dans l'âme,
là où sont nos passions, un lieu ainsi fait qu'il
se laisse ballotter d'un côté et de l'autre. Eh
bien, ce lieu de l'âme, un homme subtil [...] en a
modifié le nom. [...] En effet chez les hommes qui ne
réfléchissent pas, il dit que ce lieu de
l'âme, siège des désirs, est comme une
passoire percée, parce qu'il ne peut rien
contrôler ni rien retenir - il exprime ainsi
l'impossibilité que ce lieu soit jamais rempli.
Tu vois donc que c'est tout le contraire de ce que tu dis
Calliclès. D'ailleurs, un sage fait remarquer que, de tous
les êtres qui habitent l'Hadès, le monde des
morts, [...] les plus malheureux seraient ceux qui [...] devraient
à l'aide d'une écumoire apporter de l'eau dans
une passoire percée. Avec cette écumoire,
toujours d'après ce que disait cet homme qui m'a
raconté tout cela, c'est l'âme que ce sage voulait
désigner.
Ce que je viens de te dire est sans doute étrange ; mais
pourtant, cela montre bien ce que je cherche à te faire
comprendre. Je veux te convaincre [..] de changer d'avis et de choisir
au lieu d'une vie déréglée, que rien
ne comble, une vie d'ordre, qui est contente de ce qu'elle a et qui
s'en satisfait."
Questions d'aide à la lecture :
1. Décrivez les deux genres de vie contradictoires que
proposent Calliclès et Socrate.
2. Quel est le sens de la comparaison de l'âme qui ne cherche
que le plaisir avec la passoire ?
o Comment comprenez-vous la remarque du Mulot : "Il n'y a pas que les
besoins essentiels dans la vie." et "Renier nos pulsions, c'est renier
ce qui a fait de nous des hommes." ?
IV-
Quatrième temps : l'Oracle, le destin et la
liberté.
o Qu'est censé prédire l'oracle?
o Si l'oracle dit la vérité, êtes-vous
des individus libres ? Que signifie alors être libre ?
o Si l'oracle est un mensonge, quelle est la définition de
la liberté ? Cette définition est-elle
réaliste ?
o Lisez le texte de Spinoza et répondez aux questions qui
suivent :
Spinoza, Éthique, Troisième
partie, Proposition deux, scolie :
"Certes,
j'accorderai volontiers que les choses humaines en iraient bien mieux,
s'il était également au pouvoir de l'homme et de
se taire et de parler ; mais l'expérience est là
pour nous enseigner, malheureusement trop bien, qu'il n'y a rien que
l'homme gouverne moins que sa langue, et que la chose dont il est le
moins capable, c'est de modérer ses appétits ;
d'où il arrive que la plupart se persuadent que nous ne
sommes libres qu'à l'égard des choses que nous
désirons faiblement, par la raison que l'appétit
qui nous porte vers ces choses peut aisément être
comprimé par le souvenir d'un autre objet que notre
mémoire nous rappelle fréquemment ; et ils
croient au contraire que nous ne sommes point libres à
l'égard des choses que nous désirons avec force
et que le souvenir d'un autre objet ne peut nous faire cesser d'aimer.
Mais il est indubitable que rien n'empêcherait ces personnes
de croire que nos actions sont toujours libres, si elles ne savaient
pas par expérience qu'il nous arrive souvent de faire telle
action dont nous nous repentons ensuite, et souvent aussi, quand nous
sommes agités par des passions contraires, de voir le
meilleur et de faire le pire. C'est ainsi que l'enfant s'imagine qu'il
désire librement le lait qui le nourrit ; s'il s'irrite, il
se croit libre de chercher la vengeance ; s'il a peur, libre de
s'enfuir. C'est encore ainsi que l'homme ivre est persuadé
qu'il prononce en pleine liberté d'esprit ces
mêmes paroles qu'il voudrait bien retirer ensuite, quand il
est redevenu lui-même ; que l'homme en délire, le
bavard, l'enfant et autres personnes de cette espèce sont
convaincues qu'elles parlent d'après une libre
décision de leur âme, tandis qu'il est certain
qu'elles ne peuvent contenir l'élan de leur parole. Ainsi
donc, l'expérience et la raison sont d'accord pour
établir que les hommes ne se croient libres qu'à
cause qu'ils ont conscience de leurs actions et non des causes qui les
déterminent [.]."
Questions d'aide à la lecture :
1. Quand croyons-nous être libre ? Expliquez cette phrase :
"la plupart se persuadent que nous ne sommes libres qu'à
l'égard des choses que nous désirons faiblement".
Proposez un exemple.
2. De quoi les hommes sont-ils conscients ? Cependant qu'ignorent-ils ?
Donc selon Spinoza, l'homme est-il libre?
o Pourquoi les hommes dans la Matrice se croient libre alors qu'ils ne
le sont pas ?
V-
Cinquième temps : La Matrice : progrès technique
ou nouvel esclavage ?
o Qui sont les auteurs de la Matrice ?
o Quels liens le film établit entre les hommes et les
machines ?
o Quelle forme les machines ont-elles prises ?
o Le développement des techniques est-il un
progrès pour l'humanité? Argumentez votre
réponse en envisageant les deux points de vue : "oui le
progrès technique est un progrès pour
l'humanité" et "non, le progrès technique est un
danger."
o Lisez ce texte et répondez aux questions qui suivent :
Platon, Protagoras, le mythe de
Prométhée :
"Il y a
eu un temps où les dieux existaient seuls, et où
il n'y avait encore aucun être mortel. Lorsque le temps
destiné à la création de ces derniers
fut venu, les dieux les formèrent dans les entrailles de la
terre, en mêlant ensemble la terre et le feu et les deux
autres éléments qui entrent dans la composition
de ces deux premiers éléments. Mais avant que de
les laisser paraître à la lumière, ils
ordonnèrent à Prométhée et
à Épiméthée (1) de les
orner et de leur distribuer toutes les qualités convenables.
Épiméthée pria
Prométhée de permettre qu'il fît seul
cette distribution, à condition, dit-il, que tu l'examineras
quand je l'aurai faite. Prométhée y consentit.
Voilà donc Épiméthée en
fonction. Il distribue aux uns la force sans la vitesse, et aux autres
la vitesse sans la force. Il donne des armes naturelles à
ceux-ci; et à ceux-là il leur refuse des armes,
mais il leur donne d'autres moyens de se conserver et de se garantir.
À ceux à qui il donne la petitesse de corps, il
assigne les antres, les souterrains pour retraite, ou, en leur donnant
des ailes, il leur montre leur asile dans les cieux. À ceux
à qui il donne la grandeur en partage, cette grandeur suffit
à leur conservation. Il acheva ainsi sa distribution avec le
plus d'égalité qu'il lui fut possible, prenant
bien garde qu'aucune de ces espèces ne pût
être détruite. Après leur avoir
donné tous les moyens de se garantir de la violence les uns
des autres, il eut soin de les munir contre les injures de l'air et
contre les rigueurs des saisons. Pour cela, il les revêtit de
poils épais et de peaux serrées très
capables de les défendre contre les gelées de
l'hiver et contre les ardeurs de l'été, et qui,
lorsqu'ils ont besoin de dormir, leur servent de couvertures. [...]
Cela fait, il leur assigna à chacun leur nourriture :
à ceux-là les herbes, à ceux-ci les
fruits des arbres, à d'autres les racines, et il y eut telle
espèce à qui il permit de se nourrir de la chair
des autres animaux; mais, pour cette espèce, il la rendit
peu féconde, et accorda une grande
fécondité à celles qui devaient la
nourrir, afin qu'elle se conservât.
Mais comme Épiméthée
n'était pas fort prudent, il ne prit pas garde qu'enfin il
avait employé toutes les qualités
privées de raison, et qu'il lui restait encore à
pourvoir l'homme. Il ne savait donc quel parti prendre, lorsque
Prométhée arriva pour voir le partage qu'il avait
fait. Il vit tous les animaux parfaitement partagés, mais il
trouva l'homme tout nu, n'ayant ni armes, ni chaussures, ni
couvertures. Déjà paraissait le jour
destiné pour tirer l'homme du sein de la terre et pour le
produire à la lumière du soleil; et
Prométhée ne savait que faire pour donner
à l'homme les moyens de se conserver. Enfin voici
l'expédient dont il s'avisa : il déroba
à Héphaïstos et à
Athéna (2) le secret des arts et le feu (car sans le feu
cette science ne pouvait être possédée
: elle aurait été inutile), et il en fit
présent à l'homme. Voilà de quelle
manière l'homme reçut la science de conserver sa
vie; mais il ne reçut pas la connaissance de la politique,
car la politique était chez Zeus, et
Prométhée n'avait plus le temps d'entrer dans le
sanctuaire de ce maître des dieux, dont l'entrée
était défendue par des gardes terribles. Mais,
comme je viens de la dire, il se glissa furtivement dans l'atelier
où Héphaïstos et Athéna
travaillaient et, ayant volé à ce dieu son art
qui s'exerce par le feu, et à cette déesse le
sien, il les donna à l'homme, qui par ce moyen se trouva en
état de se fournir de toutes les choses
nécessaires à la vie."
(1) Étymologiquement, Prométhée est
celui «qui réfléchit avant»,
Épiméthée celui «qui
réfléchit après».
(2) Héphaïstos et Athéna sont les dieux
des arts utiles à la vie : Héphaïstos
(dieu du feu) fournit les instruments, Athéna
(déesse de l'intelligence) la connaissance pratique.
Questions d'aide à la lecture :
1. Quelle est la connaissance dont les hommes sont dotés et
que les animaux ne possèdent pas ?
2. Pourquoi cette connaissance nous a-t-elle été
donnée ?
3. Cette connaissance est-elle un bien ou un mal ?
o Peut-on dire que dans Matrix, les hommes sont responsables de leur
esclavage ?
VI-
Sixième temps : le discours de l'agent Smith ou l'histoire
d'une espèce.
o A quoi l'agent Smith compare-t-il la façon dont les
hommes, en tant qu'espèce vivante, ont
évolué sur la terre ? Justifiez sa comparaison.
o L'homme fait-il partie de la nature ? Trouvez des arguments allant
dans les deux sens.
o Comment peut-on justifier le développement du non respect
de la nature ?
o Lisez le texte de Spinoza et répondez aux questions qui
suivent :
Descartes, Discours de la méthode :
"Mais,
sitôt que j'ai eu acquis quelques notions
générales touchant la physique, et que,
commençant à les éprouver en diverses
difficultés particulières, j'ai
remarqué jusqu'où elles peuvent conduire, et
combien elles diffèrent des principes dont on s'est servi
jusqu'à présent, j'ai cru que je ne pouvais les
tenir cachées sans pécher grandement contre la
loi qui nous oblige à procurer autant qu'il est en nous le
bien général de tous les hommes : car elles m'ont
fait voir qu'il est possible de parvenir à des connaissances
qui soient fort utiles à la vie; et qu'au lieu de cette
philosophie spéculative qu'on enseigne dans les
écoles, on en peut trouver une pratique, par laquelle,
connaissant la force et les actions du feu, de l'eau, de l'air, des
astres, des cieux, et de tous les autres corps qui nous environnent,
aussi distinctement que nous connaissons les divers métiers
de nos artisans, nous les pourrions employer en même
façon à tous les usages auxquels ils sont
propres, et ainsi nous rendre comme maîtres et possesseurs de
la nature. Ce qui n'est pas seulement à désirer
pour l'invention d'une infinité d'artifices, qui feraient
qu'on jouirait sans aucune peine des fruits de la terre et de toutes
les commodités qui s'y trouvent, mais principalement aussi
pour la conservation de la santé, laquelle est sans doute le
premier bien et le fondement de tous les autres biens de cette vie; car
même l'esprit dépend si fort du
tempérament et de la disposition des organes du corps, que,
s'il est possible de trouver quelque moyen qui rende
communément les hommes plus sages et plus habiles qu'ils
n'ont été jusqu'ici, je crois que c'est dans la
médecine qu'on doit le chercher."
Questions d'aide à la lecture :
1. A quoi la science physique s'intéresse-t-elle et que nous
permet-elle de comprendre ?
2. Pourquoi cette science n'est pas spéculative,
c'est-à-dire seulement théorique selon Descartes
? Quelle est son utilité ?
o En partant de l'analyse du film peut-on dire que l'homme est
condamné à transformer la nature ? Quels sont
alors les risques ?
Annexe
:
Textes philosophiques disponibles sur internet à
propos de Matrix :
On trouvera dans la "Philosophy section" in *MainFrame* du site
officiel du film
(http://whatisthematrix.warnerbros.com)
des articles d'inspiration plutôt «
analytique» (Colin McGinn, Hubert et
Stephen Dreyfus, David Chalmers, James Pryor, etc.)
John Partridge, « Plato's Cave and the Matrix »,
http://whatisthematrix.warnerbros.com
David Chalmers, « The Matrix as Metaphysics »,
http://whatisthematrix.warnerbros.com
Frances Flannery-Daley and Rachel Wagner, "Whake up !
Gnosticism and
Buddhism in The Matrix", http://whatisthematrix.warnerbros.com
James Pryor, « What's so bad about living in the Matrix ?
»,
http://whatisthematrix.warnerbros.com
Hubert et Stephen Dreyfus, « The Brave New World of the
Matrix »,
http://whatisthematrix.warnerbros.com
David Chalmers, « The Matrix as Metaphysics »,
http://whatisthematrix.warnerbros.com
Nick Bostrom, « Are you living in a computer simulation ?
»,
http://www.simulation-argument.com
Erik Davis, « The Matrix Way of Knowledge »,
http://www.techgnosis.com/matrixre.html
Ray Kurzweil, « The Matrix Loses its Way : Reflections on
Matrix and Matrix
Reloaded »,
http://www.kurzweilai.net/meme/frame.html?main=/articles/art0580.html
Peter B. Lloyd, « Glitches in The Matrix... and how to fix
them »,
http://www.kurzweilai.net/meme/frame.html?main=/articles/art0553.html
Peter B. Lloyd, « Glitches Reloaded »,
http://www.kurzweilai.net/meme/frame.html?main=/articles/art0580.html
Peter Sloterdijk, « Die kybernetische Ironie. Die Philosopher
der Matrix »,
http://www.schnitt.de/themen/archiv.shtml
http://www.schnitt.de/themen/artikel/philosophie_der_matrix__die_-_die_kybernetische_ironie.shtml
Brian Takle, « Matrix Reloaded »,
http://webpages.charter.net/btakle/matrix_reloaded.html
Le texte de Siavoj Zizek, « The Matrix : Or, the Two Sides of
Perversion »
reproduit dans William Irwin (éd.), The Matrix and
Phi/osophy, op. cit., figure
également dans les actes du colloque « Inside The
Matrix. Zur Kritik der
zynischen Virtualitat » (Karlsruhe, 28 octobre 1999) :
http://on1.zkm.de/netcondition/navigation/symposia/default
http://container.zkm.de/netcondition/matrix/zizek.html
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